Le monde ou ton monde ?

Newsletter La Limace du 5 juillet 2022

Hier, je discutais avec un ami au téléphone, et il y a une phrase qui m’a marquée, qu’il a répété plusieurs fois au cours de la conversation : « Le monde conspire contre nous. »

Je vous donne un peu de contexte. En échangeant alors que nous n’avions pas parlé depuis plusieurs mois, nous nous sommes rendus comptes que nous étions dans une phase un peu similaire, l’un et l’autre : une phase de vide. Moins d’envies, moins de désirs, un corps qui demande de ralentir, le système nerveux fatigué. Il y avait comme ce constat, cette observation que nous avions déjà accompli beaucoup de choses « dans le monde », matériellement, relationnellement, et qu’une forme de lassitude était là en ce moment, une envie de ne rien faire.

Maintenant vous comprenez peut-être mieux la phrase du début.

« Le monde », comme disait mon ami, ne nous aide pas à ralentir. Au contraire, il nous pousse toujours à accélérer, à courir après quelque chose, que ce soit le dernier objet à la mode, notre prochain boulot, notre prochain partenaire amoureux, ou encore « le bonheur » en lisant les derniers livres de développement personnel. Quel que soit le but, il faut l’atteindre, et vite. Sinon, on est un paresseux, un irresponsable, voire un parasite qui ne contribue pas à la société.

Mais ce discours est illusoire. « Contribuer à la société », aujourd’hui, c’est produire et consommer, comme un automate. Toute personne qui se pose vraiment des questions, qui met en doute la pensée dominante, qui pense par elle-même, et qui, par ce biais, contribue réellement à la société en ce qu’elle l’aide à évoluer, est presque toujours stigmatisée et mise dans une case.

Allons plus loin. Lorsque mon ami répétait cette phrase, je ne pouvais m’empêcher de répondre : « en l’occurrence, c’est mon monde qui conspire contre moi ». Oui, car je vois bien que les illusions, les croyances, les peurs, tout cela a été internalisé, répété encore et encore à l’intérieur de moi, si bien que ces jugements se produisent intérieurement. Pour dire vrai, je suis moins influencée et blessée par les jugements des autres que par les jugements que mon propre ego m’assène à longueur de journée.

Ce matin, je lisais quelques pages d’A la recherche du Soi d’Arnaud Desjardins (plus précisément le tome III), qui explique que la source de notre malheur est dans l’attente que le monde corresponde à notre monde, plutôt que de travailler à ce que notre monde soit en harmonie avec le monde. Nous voulons que les circonstances extérieures correspondent à nos désirs, au lieu d’accepter la réalité telle qu’elle est.

Quel est le lien avec le sujet du début ?

Nous ne pouvons pas espérer que le monde change, si nous refusons la réalité telle qu’elle est.

Cela peut paraître un paradoxe, mais c’est le chemin qui est proposé à tout être humain qui souhaite découvrir la vérité, le vrai bonheur, celui qui n’a rien à voir avec la satisfaction des désirs matériels et corporels.

Apprenons à « être un avec » la réalité, telle qu’elle se présente, avec la douleur, la maladie, la faiblesse, l’émotion, avec la pauvreté, la vieillesse, la mort. Ne passons pas notre vie à les craindre, à les redouter, à les refuser. Ne nous laissons pas non plus emporter par ces choses, comme si elles pouvaient nous anéantir.
Et si des événements agréables se présentent (éphémères eux aussi), comme le plaisir, les relations aimantes, la beauté d’un paysage, nous pouvons aussi les embrasser, sans nous laisser emporter par le désir qu’ils durent.

Pratiquons ensemble.

Cette semaine, je vous propose une méditation pour découvrir le cadeau derrière la douleur. Le lien vers la vidéo est juste ici, ou en cliquant sur l’image en-dessous.