Sortir du rôle

Newsletter LA LIMACE du 14 septembre 2022

Être là, simplement, et prendre conscience.
De tout ce qui a été nié. 
De tout ce que j’ai fait pour correspondre à une certaine image que j’avais de moi.
Sans véritable liberté.

Qu’est-ce que la liberté ?
Celle de se choisir, sans doute.
Celle d’être soi-même.
Ce n’est pas vraiment un choix, c’est plus le courage de s’assumer.
Parce que je n’ai pas choisi d’être comme je suis.
Parce que je n’ai pas choisi ce chemin.
Ou alors peut-être que si, je l’ai choisi, avant de naître.
Peu importe.

Nous créons tous un rôle, un personnage, pour nous sentir en sécurité dans cette société qui ne tolère pas vraiment les singularités.
Et le drame, c’est que nous finissons par croire que nous le sommes, ce personnage, ce costume que nous avons enfilé. 
Il nous colle à la peau.
Il est comme un jumeau dont on ne veut pas se séparer.
Peur de mourir s’il disparaît, s’il nous quitte, s’il s’évanouit.

Ce n’est qu’un écran de fumée, mais nous y croyons dur comme fer.
La fumée prend la forme d’une cage dans laquelle nous nous enfermons.
La cage est ouverte, mais nos yeux sont fixés sur ses beaux barreaux dorés.
Nous nous croyons prisonniers, et pourtant seul notre regard nous maintient ainsi.

Bornés, limités par ce costume qui finit par ressembler à une armure, nous souffrons, nous trébuchons, nous hoquetons de peur et d’épuisement.
Ce costume étouffe notre âme, et peu à peu elle se rappelle à nous, pour émerger, pour renaître.
C’est l’âme qui crie et qui surgit, par instants, au creux de notre souffrance.

Alors que nous sommes si habitués à tenir, à maintenir cette fausse identité, à contenir qui nous sommes vraiment, notre nature profonde… soudain la vie nous demande de lâcher, de faire confiance.

Pourrons-nous répondre à son appel ?

Écouter son coeur

­Newsletter (La Limace) du 23 juillet 2022

Hier, j’ai passé un certain temps seule, à écouter ce que mon coeur me demandait. A chaque instant, dans la vulnérabilité éphémère de ce qu’un moment peut offrir, je m’ouvrais à ce qui émergeait en moi.

Je suis rentrée de retraite il y a quelques jours, et après autant de temps en présence à moi-même, j’ai eu droit à quelques prises de conscience. Celles-ci se prolongent et se digèrent avec le temps que j’accorde au silence, à la simplicité, au non-faire.

Parmi ces prises de conscience, la nécessité de recentrer mon projet de vie autour de ce qui m’anime depuis les profondeurs, depuis toujours : la musique.

Comment ? Je ne sais encore quelles seront les étapes.

J’essaie de le vivre, comme toutes les transitions, minute par minute.

C’est inconfortable, c’est vulnérable, c’est tendre, et c’est normal puisqu’il s’agit de mon coeur, de ce qu’il y a de plus précieux.

Mais si c’est mon coeur, c’est aussi ce qu’il y a de plus fiable, de plus solide, de plus puissant.

Paradoxal, pourrait-on croire…

Mais le coeur est ce qui nous donne du courage, ce qui nous reconnecte à la foi alors qu’à l’extérieur les difficultés semblent s’acharner, cherchant apparemment à nous mettre à terre…

Remercions ce qui nous met à terre, car cela nous invite à l’humilité, et à ressentir le vivant qui s’exclame “Je Suis” quelle que soit la situation.

Osons plonger dans ce qui nous semble sombre, houleux, indomptable, car il n’y a rien à “gérer”, rien à dompter ni à contrôler.

Osons ressentir pleinement, et nous ressortirons la tête de l’eau, tôt ou tard.

Ayons confiance en ce mouvement qui se déroule en nous, malgré nous, avec nous.

Nous sommes ce mouvement.

Et nous sommes l’immobilité qui regarde, observe et aime.

Pour écouter son coeur, il est inévitable de se confronter à certains automatismes qui nous empêchent de ressentir, qui nous éloignent de notre nature profonde : l’amour. Pour amener un peu de lucidité et quelques pistes à ce sujet, j’ai tourné cette vidéo il y a quelques semaines.

Le monde ou ton monde ?

Newsletter La Limace du 5 juillet 2022

Hier, je discutais avec un ami au téléphone, et il y a une phrase qui m’a marquée, qu’il a répété plusieurs fois au cours de la conversation : « Le monde conspire contre nous. »

Je vous donne un peu de contexte. En échangeant alors que nous n’avions pas parlé depuis plusieurs mois, nous nous sommes rendus comptes que nous étions dans une phase un peu similaire, l’un et l’autre : une phase de vide. Moins d’envies, moins de désirs, un corps qui demande de ralentir, le système nerveux fatigué. Il y avait comme ce constat, cette observation que nous avions déjà accompli beaucoup de choses « dans le monde », matériellement, relationnellement, et qu’une forme de lassitude était là en ce moment, une envie de ne rien faire.

Maintenant vous comprenez peut-être mieux la phrase du début.

« Le monde », comme disait mon ami, ne nous aide pas à ralentir. Au contraire, il nous pousse toujours à accélérer, à courir après quelque chose, que ce soit le dernier objet à la mode, notre prochain boulot, notre prochain partenaire amoureux, ou encore « le bonheur » en lisant les derniers livres de développement personnel. Quel que soit le but, il faut l’atteindre, et vite. Sinon, on est un paresseux, un irresponsable, voire un parasite qui ne contribue pas à la société.

Mais ce discours est illusoire. « Contribuer à la société », aujourd’hui, c’est produire et consommer, comme un automate. Toute personne qui se pose vraiment des questions, qui met en doute la pensée dominante, qui pense par elle-même, et qui, par ce biais, contribue réellement à la société en ce qu’elle l’aide à évoluer, est presque toujours stigmatisée et mise dans une case.

Allons plus loin. Lorsque mon ami répétait cette phrase, je ne pouvais m’empêcher de répondre : « en l’occurrence, c’est mon monde qui conspire contre moi ». Oui, car je vois bien que les illusions, les croyances, les peurs, tout cela a été internalisé, répété encore et encore à l’intérieur de moi, si bien que ces jugements se produisent intérieurement. Pour dire vrai, je suis moins influencée et blessée par les jugements des autres que par les jugements que mon propre ego m’assène à longueur de journée.

Ce matin, je lisais quelques pages d’A la recherche du Soi d’Arnaud Desjardins (plus précisément le tome III), qui explique que la source de notre malheur est dans l’attente que le monde corresponde à notre monde, plutôt que de travailler à ce que notre monde soit en harmonie avec le monde. Nous voulons que les circonstances extérieures correspondent à nos désirs, au lieu d’accepter la réalité telle qu’elle est.

Quel est le lien avec le sujet du début ?

Nous ne pouvons pas espérer que le monde change, si nous refusons la réalité telle qu’elle est.

Cela peut paraître un paradoxe, mais c’est le chemin qui est proposé à tout être humain qui souhaite découvrir la vérité, le vrai bonheur, celui qui n’a rien à voir avec la satisfaction des désirs matériels et corporels.

Apprenons à « être un avec » la réalité, telle qu’elle se présente, avec la douleur, la maladie, la faiblesse, l’émotion, avec la pauvreté, la vieillesse, la mort. Ne passons pas notre vie à les craindre, à les redouter, à les refuser. Ne nous laissons pas non plus emporter par ces choses, comme si elles pouvaient nous anéantir.
Et si des événements agréables se présentent (éphémères eux aussi), comme le plaisir, les relations aimantes, la beauté d’un paysage, nous pouvons aussi les embrasser, sans nous laisser emporter par le désir qu’ils durent.

Pratiquons ensemble.

Cette semaine, je vous propose une méditation pour découvrir le cadeau derrière la douleur. Le lien vers la vidéo est juste ici, ou en cliquant sur l’image en-dessous.

Cadeau de Noël

Newsletter du 25 décembre 2019.

Noël. Ah, cette fête. Je l’adorais quand j’étais petite. C’était l’un de mes deux moments préférés, avec mon anniversaire : le moment des cadeaux. Je savourais le fait de choisir des choses dans les magazines de jouets, de les entourer, et de les recevoir comme par magie. J’étais très claire sur ce que je voulais. En fait, je prenais un plaisir tout particulier à ce que l’attention se tourne vers moi à travers les cadeaux, qui satisfaisaient mon désir. Plus que l’objet lui-même, ce qui comptait c’était que quelqu’un – le père Noël ou mes parents – ait obéi à ma demande. Oui, le terme obéir est fort… mais j’avais déjà un côté très affirmée, parfois même qualifié d’autoritaire par mes parents. Si bien que, quand j’avais une douzaine d’années, et que je commençais à choisir mes vêtements, j’avais acheté un tshirt qui titrait : “I’m so happy when I get what I want” ; littéralement “je suis si contente quand j’obtiens ce que je veux.”

Ce “je veux”, qu’on appelle souvent l’ego dans les milieux “spirituels” ou de “développement personnel”, j’en ai eu conscience très tôt. Je le savourais, à ma manière, sans me juger. Je faisais l’expérience, naturellement, de mes désirs et de la jouissance de les voir satisfaits. Et puis, progressivement, j’ai perçu chez mes proches, mes camarades, et de la part de la société dans son ensemble, quelque chose de désapprobateur vis-à-vis du désir. Comme si je voulais “trop”, ou “pas comme il faut”. Comme s’il fallait que je me retienne de trop demander, parce que ça deviendrait indécent, gênant, inconfortable pour les autres. Comme si mon énergie débordante devenait envahissante et risquait de faire de l’ombre à d’autres.

Parce que derrière ces désirs apparemment superficiels, tournés vers la possession d’objets, et vers l’attention des autres, il y avait en réalité – et il y a toujours – une envie de m’exprimer dans le monde, de manifester des choses. A travers le “à moi”, il y avait ce besoin irrésistible d’exister et de le faire savoir à l’autre. Cette aspiration à faire vibrer ma couleur, à briller, à travers les choses que j’avais soigneusement choisies, et qui seraient de nouveaux terrains de jeux, de nouveaux instruments d’expression.

C’est drôle, cette réflexion me fait penser à mes discussions et questionnements récents sur le thème de l’argent et du business. Il y a quelques jours, je discutais avec un ami musicien, qui est déterminé à vivre de ses chansons, et qui me partageait sa vision de la stratégie qui pourrait marcher pour lui. Assez vite, je montrai que les aspects stratégiques étaient difficiles pour moi quand il s’agissait de musique, car j’écris avec le coeur et je ne voudrais pas être biaisée dans mon approche artistique. J’ai adoré sa réponse, qui m’a vraiment fait réfléchir : la stratégie n’est qu’un moyen pour pouvoir faire passer ton message, qui reste authentique, qui reste ta transmission à toi ; comme la guitare est un instrument pour exprimer de l’émotion à travers la musique, la stratégie est l’instrument pour diffuser ton art. 

Alors oui, tout comme pour mes désirs de posséder, l’argent et tout ce qui y est lié – comme le business, le fait d’entreprendre avec l’espoir d’en dégager des revenus financiers – ce sont aussi des sujets tabous, gênants, sur lesquels nous avons tendance à porter des jugements très négatifs. Comme si quelque chose reliait ces éléments au “Mal”. Mais ce qui est confondu, dans cette croyance que l’argent est mauvais, c’est l’acte avec le moyen. L’argent et le business peuvent servir des causes très importantes, générer des changements très positifs pour l’être humain et la société : par exemple si des milliardaires investissent dans les actions pour la planète, ou si un individu ayant accumulé des richesses commence à investir dans des formations pour apprendre à mieux se connaître, ou encore quand les conférences de quelqu’un peuvent changer la vie de nombreuses personnes – je pense par exemple à Marshall Rosenberg, le père de la Communication non violente. Alors, certes, quand on voit les grandes choses qui ont été faites par certains individus ou groupes, on se focalise sur le résultat et on les félicite ; mais il est rare qu’on reconnaisse que cette réussite découle aussi d’une stratégie pensée, certes mélangée avec les hasards de la vie, et il est rare que l’on cherche à comprendre comment ils ont fait pour en faire une activité rémunératrice (parce que ce n’est pas important, ces préoccupations bassement matérielles, voyons).

C’est peut-être ça, en fait, le problème avec l’argent : notre hypocrisie. Devant les autres, et parfois devant nous-mêmes (oui, nous sommes nombreux à nous mentir à nous-mêmes, je m’inclus dans le lot), nous considérons l’argent comme une affaire “bassement matérielle”. Mais au fond, l’argent touche quelque chose d’important : la survie. Car nous sommes très nombreux à penser que sans argent, il est impossible de vivre. Car nous évoluons dans des sociétés occidentales où la solidarité semble avoir disparu tant elle est invisible et discrète. Mais sans partir dans des débats sociologiques dans lesquels je manquerais cruellement de connaissances et d’argumentaire suffisant, disons que l’argent nous touche. C’est une thématique “délicate”. Souvent, parce que la culpabilité qui l’entoure dure depuis des générations et nous a été transmise ainsi. Souvent parce que son manque a créé de la souffrance, et parce que la comparaison aux autres et les inégalités nous séparent. 

Bien que l’argent ne soit en réalité qu’une “énergie” faite pour circuler, nous cherchons à le posséder, à le figer, à le stocker. Ce qui nous ramène à l’ego, à cette envie d’exister que nous avons chacun et chacune, et dont nous avons honte. Honte, comme la honte que nous avons souvent de notre sexualité. Oui, cette envie de jouir, de prendre du plaisir, sans avoir eu à le “mériter” avant. Cette envie de simplement vivre, en étant soi-même, d’être aimé.e de la manière la plus impudique et obscène possible : sans attentes, sans conditions. De kiffer la vie, pleinement. C’est obscène, ça, apparemment. Enfin c’est ce qu’on a appris, ou mal compris, et mal transmis, depuis des siècles.

Alors oui, l’argent nous ramène cette dimension terriblement taboue de l’ego qui veut goûter à la vie, au plaisir d’exister juste pour lui-même, avec les autres comme source d’amplification du plaisir.

Et puis, il y a autre chose : et c’est là que le business intervient. Le business, l’entreprise, vous l’appellerez comme vous voudrez. Exister, c’est le premier pas, et le deuxième c’est de rayonner. Vous me voyez venir… Si le business est au service d’une intention qui vient du coeur, alors il prend tout son sens, et on le remercie d’être là ! Parce qu’alors, l’énergie est fluide, c’est facile de travailler quand on sait pourquoi on le fait, quand on se relie à une intention d’apporter quelque chose au monde, quelque chose qui fera une différence dans la vie des autres, qui améliorera un peu le bien-être de ceux qui respirent avec nous sur cette belle Terre. 

Ma question, dès lors, est : peut-on vraiment rayonner si on se refuse le droit d’exister ? 

Pour moi, la culpabilité est comme un collier attaché au cou, des oeillères, quelque chose qui nous emprisonne et nous empêche de nous ouvrir : elle nous empêche d’ouvrir la porte de l’intérieur (“ce serait trop égocentré”) et celle de l’extérieur (car nous jugeons l’autre à l’aune de cette culpabilité). Quand je la sens présente, je vois qu’elle bride mon élan créatif et qu’elle me censure, rien qu’en me volant mon énergie vitale. La suite, c’est une difficulté à être vraiment présente à l’autre, avec l’impression que toute interaction me fatigue. 

Quand je suis connectée à la vie en moi, à mes besoins matériels autant que spirituels, sans opposer les uns aux autres, ça circule dans mon corps. Quelque chose se détend et s’active à la fois. Les autres deviennent des points de soutien, et en même temps, des réceptacles de tout ce dont ma créativité me fait accoucher. Là oui, je rayonne, je me réchauffe et je réchauffe mon entourage. 

Ecrit le 17/12/2019.

© Aurélie Hartmann. Tous droits réservés.

Hors des sentiers battus

(Me) prouver qu’un autre système est possible

Newsletter du 17 décembre 2019.

Depuis un peu plus d’un mois, j’ai commencé à étudier la psychologie à l’Université. A distance, parce que pas envie de prendre le métro, pas envie d’être bloquée à un même endroit pendant cinq ans, pas envie de m’asseoir sur les bancs de la fac à écouter des cours magistraux.

Et finalement, je me retrouve face à des cours en PDF, à me demander pourquoi. Certains cours sont franchement intéressants, mais c’est un peu le loto. Parfois ils sont tout bonnement ennuyeux, bourrés de fautes d’orthographe, directement copié-collés d’un vieux manuel, parfois ils véhiculent des idées surprenamment dogmatiques. 

Je me rends compte que je n’arrive vraiment plus à m’adapter à ce système.

C’est fou, me dis-je intérieurement, que pendant des années j’aie pu lutter contre ce qui est vrai en moi, juste pour pouvoir m’intégrer. 

Qu’est-ce qui ne va pas dans ce système éducatif ? Il part de plusieurs postulats, que je n’arrive plus à cautionner. J’en détaillerai deux.

Le premier, c’est que certains détiennent le savoir, et que sous prétexte d’avoir un diplôme considéré comme “prestigieux”, ils font autorité, peuvent donner des conseils et influencer les autres. Donc, ce système se fonde sur une hiérarchie de fait, assise sur des siècles de construction d’un mode de pensée et de fonctionnement qui a pris le pouvoir sur nos cerveaux. Et qui nous dit : “Il y a une seule vérité, la voilà. Si tu veux être des nôtres, tu dois y adhérer et l’appliquer dans ta pratique professionnelle. Sans quoi tu seras bafoué, exclu, méprisé.” 

Le deuxième, c’est l’idée que nous vivons dans le manque (financier, intellectuel), et sommes si vides d’estime de nous-même que nous acceptons d’apprendre bêtement des informations de piètre qualité. Nous vendons notre intelligence et notre libre-arbitre pour pouvoir obtenir un diplôme et ne pas avoir à payer trop cher.

Qu’est-ce que ça donne, au long court, l’application de ces postulats à des milliers, millions d’individus ?

Ca donne, je crois, un sentiment répété de ne pas être assez bien, de ne pas faire assez bien. Ca donne, aussi, une perpétuelle quête pour atteindre un certain niveau social, un certain statut, dépendant de l’argent qu’on gagne ou de la notoriété. Et de l’autre côté, de la part de ceux qui ont atteint une forme de sécurité dans leur position professionnelle, un manque de responsabilité, puisque leur pouvoir semble garanti.

Le problème, c’est que cette mentalité est loin de n’exister que dans les établissements d’enseignement supérieur. Elle se propage sournoisement dans toutes les couches de la société. La culpabilité, qui nous touche dès qu’on fait les choses de manière non conventionnelle, sans avoir été “certifié”. Le manque de confiance, qui vient avant tout du fait que les gens n’ont pas appris à s’écouter eux-mêmes, mais à regarder des marionnettes jouer un rôle, que ce soit dans une salle de conférences, un bureau ou une vidéo. 

Pourquoi, en France, a-t-on besoin de demander de la “sécurité” de l’emploi ? Pour la maladie, pour la vieillesse, oui, cela fait sens. Mais finalement, on la demande aussi souvent parce qu’on voudrait ne pas avoir à se demander ce qu’on choisirait de faire, si on avait aucune certitude d’être payé, si on était pas sûr de garder sa place… C’est sans doute plus confortable de demander à être soutenu, et c’est normal, quand on a pas appris à se soutenir soi-même, et quand on a pas appris que rien n’était plus soutenant que d’écouter ce qui vibre vraiment en soi.

Aujourd’hui, je me questionnais par rapport à mes investissements financiers : j’ai payé environ 700 euros pour cette première année de licence de psychologie. Certains programmes en ligne qui m’intéressent coûtent entre 900 et 2000 euros, et durent entre trois et six mois, ou bien juste 7-8 vidéos que je peux faire en une semaine. Mais est-ce vraiment une question de temps ? On m’a fait croire que le temps c’était de l’argent. Aujourd’hui je n’y crois plus trop.

Aujourd’hui, je me rends compte que ce qui compte, c’est mon investissement à moi, non pas financier, mais intérieur : est-ce que je suis vraiment motivée pour suivre ce programme, ce cursus ? Qu’est-ce qui me donne envie ? Est-ce que j’y crois, est-ce que je suis convaincue par l’attitude et l’éthique de la personne ou des personnes qui animent ce programme ? Est-ce que je suis inspirée par l’intention globale qui transparaît ? 

Parce que, en fin de compte, ce qui fera une vraie différence, c’est que je me mette corps et âme dans mon apprentissage, que je l’embrasse, que je l’étreigne pleinement. Et pour ça, j’ai besoin de sentir qu’il fait écho à quelque chose en moi, qu’il me nourrit concrètement, dans mon quotidien, mes relations, mes professions (oui, j’en ai plusieurs).

Pour ça, j’ai besoin d’un système différent : de sortir du schéma de soumission à quelque chose de soi-disant plus grand/expérimenté/sachant que moi, et d’établir un nouveau modèle, de co-création et de collaboration. Avec de la réciprocité, avec de l’acceptation de ce que je suis, de la cohérence. Un système dans lequel je me respecte, dans lequel je me reconnais, dans lequel je suis en confiance parce qu’il y a une profonde compatibilité entre ma mentalité et celle de l’organisme ou de la personne qui m’offre un apprentissage. 

Au fond, c’est une façon pour moi de me prouver par l’expérience que je n’ai pas besoin de changer qui je suis pour m’intégrer, pour être aimée. C’est un moyen de découvrir que, oui, je suis toujours vivante et je contribue au monde même si mon diplôme et ce que je fais ne semblent pas cohérents aux yeux de LinkedIn et des recruteurs classiques. Je m’en fiche, en fait. Je ne veux pas être recrutée, sélectionnée, comme un produit sur un site de e-commerce, et mise dans un panier, enlevée, séquestrée dans un bureau, esclavagisée.

J’emploie des mots forts, et s’il ne plaisent pas à certaines personnes, c’est OK. Je prends position, je prends ma place, et ça me fait du bien. 

Ce que je veux vraiment, c’est rencontrer, pleinement, d’autres êtres humains, qui veulent réellement mon aide et ma contribution, dans une dynamique joyeuse d’échange et de confiance. Pas n’importe quels êtres humains en fait : ceux qui se sentent inspirés par moi, et qui m’inspirent ; ceux avec qui c’est fluide parce qu’ils cultivent en eux un mélange subtil d’humilité et d’assurance, parce qu’ils font réellement de leur mieux, sur le chemin ; ceux avec qui on rigole quand c’est difficile et que la réponse n’est pas encore arrivée ; ceux avec qui c’est évident que l’authenticité est indispensable. 

Eh oui, choisir l’authenticité. 

Pas parce que c’est la mode, ou parce que ça vend mieux, ou parce que la stratégie marketing l’a dit – marre de ces injonctions extérieures, de ces fausses autorités qui nous enferment et nous séparent les uns des autres.  

Juste parce que la vie a plus de goût ainsi.

© Aurélie Hartmann. Tous droits réservés.