Ce qui compte vraiment

Newsletter du 26 mai 2022

M’asseoir.

Rester en silence.

Ne pas savoir que dire.

Mais la joie est en moi, au beau milieu d’un corps fébrile, plein de désir et d’hésitation.

Ressentir ce contraste.

Rester là, immense, immobile et sereine, alors même que le froid chatouille la plante de mes pieds. 

Ne rien dire, vraiment, parce qu’il n’y a rien à dire. 

Laisser le vent s’écouler, le coeur chaud, la tête encore embrumée après le long voyage et la courte nuit. Une nuit étoilée, derrière les nuages, une nuit profonde et lourde, bercée par le chant de la chouette. 

Sentir la bénédiction de ce toit qui m’abrite, de ce jardin qui fleurit et qui s’offre, dans sa générosité naturelle.

Regarder les chats dormir, paisibles, sur le pas de la porte. 

Simplicité de se sentir proche, tout proche de la vie.

Et si le reste importait peu ?

Et si tous les projets, les rêves sur soi-même, les idéaux et les fantasmes, n’étaient pas si réels ? 

Ils viennent apparemment combler un vide, en nous donnant une raison d’exister, d’avancer, d’y croire. 

Mais à tout moment ils peuvent disparaître, sans que moi, je disparaisse avec eux…

Quand je comprends cela, profondément, quand je l’intègre en moi, je me sens légère.

Tout est possible, et ce n’est pas à moi de décider, de prendre une charge sur mes épaules. 

Si je suis simplement à l’écoute de l’instant, ma direction se révèle à moi au fur et à mesure.

Si je fais pleinement confiance, je n’ai pas besoin de savoir le prochain pas.

Et si je pense le connaître, et qu’il se révèle être autre chose, alors je me réjouis d’être surprise, disciple de la Vie.

Recevoir, alors, oui, recevoir.

Parfois, même au beau milieu d’une tempête, quand le courant des pensées semble m’emporter vers le désespoir, ‘est là que je reçois le mieux.

Oui, car parfois au coeur de la brisure, de la douleur, je n’ai plus la force de lutter contre moi-même. C’est là que la Grâce vient me cueillir, sans aucune raison apparente, sans aucun mérite. 

Ou bien, s’il y en avait un seul, ce serait celui d’avoir essayé de voir en moi, et de croire en l’Amour.

Plus vraiment pour le chercher ou pour le boire comme quelqu’un d’assoiffé, mais pour le sentir fleurir et glisser depuis mon coeur, depuis le coeur de toute chose, dégoulinant partout, sans laisser rien indemne. 

Cet Amour qui souffle et qui brûle, puissant comme les éléments qui m’habitent à chaque instant.

Et abandonner le vouloir, ce qui s’accroche et panique, dans cette coupe infinie, qui ni début ni fin.

Rencontrer la vie, nue, dépouillée de tout ce qui semblait me protéger. 

Comme au premier jour.

En résonance, la vidéo Arrêter de chercher. Dans cette vidéo, nous creusons le thème de la recherche, de la quête, souvent illusoire, mais qui est sans doute une étape avant de se rendre compte que tout est déjà là… Un thème qui rejoint assez naturellement le texte du jour.

Cliquer sur la vidéo pour la visionner.

On se détend

Newsletter du 16 mai 2022

On pourrait croire que printemps = activité intense. 

Pour certains d’entre nous, c’est le cas, et c’est très bien comme ça. 

Pour d’autres, le printemps peut amener, certes, plus de légèreté et de joie, parce que la chaleur revient, mais… 

C’est aussi la fin d’un cycle.

C’est ce que je vis en ce moment. 

Ma joie ne vient pas de ce que je vis extérieurement, des interactions, des activités qui se mettent en route. 

Ma joie vient de quelque chose d’intérieur, de profond, d’indescriptible.

Quelque chose qui jaillit quand j’abandonne tout le reste : croyances, projets, impatiences… 

Et quand j’y suis connectée, je suis tranquille avec le fait de ne rien faire.

Quand je ralentis, l’action ou la non-action, cela m’est égal. 

Je me rends compte qu’il y a toujours du mouvement, en moi et autour de moi, et qu’il ne sert à rien de m’agiter dans tous les sens pour chercher à avancer. 

J’avance, que je le veuille ou non.

Il n’est pas toujours facile de voir les pas que nous accomplissons, au moment où nous les accomplissons. 

Les phases de transition, pour ça, ont quelque chose d’ingrat. 

C’est aussi parce que notre société dénigre tout ce qui a trait au silence et à la réceptivité, qu’elle confond avec la passivité et la “paresse”.

Et si nous laissions de côté la morale caricaturale, pour embrasser notre propre morale, celle du coeur ?

Celle-ci nous indique toujours la même direction : l’intérieur, là où se trouvent toutes les réponses. 

Non pas dans nos croyances et nos schémas mentaux, non pas dans la peur du qu’en dira-t-on, mais au plus profond de notre âme. 

Oui, à cet endroit-là, nous savons. 

Mais ce n’est pas un savoir qui puisse nécessairement se mettre en mots. 

Peut-être parce qu’il doit d’abord être secret, intime, se vivre au plus proche de nous-mêmes…

Alors prenons le temps, inutile de se presser pour prendre de grandes décisions, pour chercher des réponses dans des objets et des “réussites” éphémères, pour demander de la reconnaissance aux autres, pour annoncer nos grands changements…

Respirons, prenons le temps de savourer le présent.

Le reste s’offrira en temps voulu.

Ayons confiance.

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La faiblesse porte un message

Lettre i du 7 mai 2022

Avant, quand j’étais malade, quand je sentais le début d’un rhume pointer, c’était tout de suite un médicament, histoire que cela ne m’embête pas pour continuer de mener mes activités. J’aimais cette vie trépidante, et je refusais de me sentir limitée par de la faiblesse et de la douleur physiques. Quelle perte de temps !

Et puis, les douleurs qui se sont imposées à moi ont été de plus en plus virulentes et handicapantes, si bien que les anti-douleurs en devenaient inutiles. C’était comme si mon corps redoublait d’insistance pour faire entendre le message de mon âme.

Le premier message, c’était de ralentir.
Plutôt simple, me direz-vous, mais dans la pratique, cela n’a rien de facile.
Quand on s’est conditionné à croire qu’on existe exclusivement par l’action et par l’impact visible qu’on a sur l’extérieur…

C’est comme tomber dans un gouffre.

Et pourtant, j’ai bien dû y faire face, à ce gouffre, le jour où mon corps m’a dit « non, tu ne te lèveras pas, car le vertige t’empêchera de trouver l’équilibre ».
J’ai bien dû accepter de ralentir, le jour où je n’avais plus aucune force pour poser un pied devant l’autre.

Le deuxième message, c’était de ressentir.
Tout.
Pleinement.
L’émotion, la solitude, la souffrance telle qu’elle se présentait, le vide, la peur immense, la tristesse infinie…
Là, j’ai découvert que malgré les apparences, rien de tout cela ne m’engloutirait ni ne m’anéantirait.
Au coeur de la sensation, il y a juste à être présente : ne pas regretter l’instant d’avant, ne pas redouter l’instant d’après, mais simplement être là, avec ce qui se passe.
Minute par minute.

Le troisième message, qui est arrivé ensuite, c’était d’écouter.
D’accord, il y a ce vide, cette souffrance, cette peur, mais une fois que tout cela a été accueilli, il y a un espace vacant, une ouverture pour recevoir, pour comprendre à partir de l’âme.
Ce n’est pas une compréhension mentale, ce sont rarement des mots… mais cela peut être une inspiration artistique, ou simplement une intuition profonde sur son chemin de vie.

Parce qu’on a fait le parcours de ralentir et de ressentir, on est enfin suffisamment disponible pour entrer en intimité avec l’âme, pour être proche d’elle, pour lui faire confiance et suivre sa guidance.
C’est aussi parce que la douleur nous rend vulnérables et que, si on la laisse faire, elle nous dépouille de notre fierté et ouvre notre coeur à d’autres univers.

C’est un cadeau que de se voir soudainement délester de tant de poids, de tant de doutes et de questions, simplement parce que la limitation nous plonge en nous-mêmes et nous met directement face à l’essentiel.
Elle nous invite à voir ce qui est réellement important dans la vie, et à prendre conscience que non, l’ego n’a pas de pouvoir sur ce qui nous arrive.
Elle nous remplit d’humilité et de sagesse.

Laissons couler cela en nous.
Car derrière se cache un océan d’amour.

L’effondrement qui réveille

Lettre i du 5 mai 2022

Une semaine que je suis à Paris, une semaine que l’effondrement intérieur se poursuit.

Beaucoup d’identités qui tombent, beaucoup de fausses croyances que je vois et qui me font sourire…

Et au milieu de tout ça, le vide.

Ce vide que l’on imagine souvent comme angoissant, parce qu’il est mystère, impalpable, indéfinissable.

Ce vide qu’on qualifie d’attente, d’entre-deux, de transition.

Alors qu’il n’est rien de tout cela.

L’attente, c’est nous qui la créons, mentalement, parce que nous refusons de vivre l’instant tel qu’il est, parce que le fait de ne pas savoir nous paraît trop insupportable, parce que le fait de ne rien contrôler semble insécurisant.

Et pourtant, le fait de nier la réalité ne lui enlève pas sa substance : nous sommes le mystère. Ce qui nous fait peur, donc, c’est nous-mêmes. Prendre conscience que notre mental ne peut pas connaître cela, ne peut pas le rencontrer. D’ailleurs, notre mental ne rencontre personne réellement : il juge, il classifie, il critique, il apprécie…

Mais il ne sait pas aimer.

Ne t’inquiète pas pour moi, j’ai déjà vécu cela, plusieurs fois, cet écroulement des illusions, cette remise à niveau, cette réinitialisation…

Cette fois, c’est un peu différent, peut-être parce que j’ai plus de conscience de ce qui se passe, peut-être parce que je ne me laisse pas emporter par la panique.

Nous ne sommes pas le jouet des histoires qui se racontent dans notre tête.

Nous sommes ce qui accueille toutes les histoires, toutes les croyances, toutes les pensées, toutes les émotions.

Nous sommes cet espace infini.

L’accepter, c’est lâcher cette envie d’être quelqu’un, de posséder, de dominer, d’être reconnu et aimé par les autres.

L’accepter, c’est lâcher tous les filets, toutes les compensations, tous les faux désirs, toutes les frustrations.

L’accepter, c’est se fondre avec la vie dans une danse infinie, vulnérable et sensuelle.

Es-tu prêt-e à cela ?

­J’ai la joie de partager ici un bel échange que j’ai eu avec mes enseignants et amis Muriel et Jean-Philippe Faure. Le thème est très en lien avec ce texte : « Quand l’équilibre apparent s’effondre, que reste-t-il ?« 

Cliquer ici ou sur l’image pour accéder à la vidéo.

Quand ça fait mal

Lettre i du 27 avril 2022

Cliquer ici pour s’inscrire aux lettres i

Nous n’aimons pas avoir mal.

Alors toute notre vie, nous tentons de fuir la douleur.

Mais c’est inutile, car cette douleur est en nous, enfouie dans chacune de nos cellules, inscrite dans notre ADN d’être humain.

La douleur est avant tout ce déchirement, cette séparation, qui nous touche dès la naissance. Puis elle se multiplie et prend d’autres formes, qui émanent toutes de cette sensation d’être séparé.

A l’âge de dix-neuf ans, mes premières douleurs chroniques, liées au système digestif et à l’utérus, ont commencé à se manifester. 

Pendant quatre ans, j’ai continuellement cherché à me débarrasser de la douleur. Tout en cherchant désespérément la cause, tout en craignant d’avoir une grave maladie chronique, tout en supportant la frustration de ne pas trouver, je souffrais. 

Et je me sentais seule.

Horriblement seule.

Parce que, contrairement aux jeunes de mon âge, je ne pouvais pas autant faire la fête, et je ne pouvais pas manger n’importe quoi.

Parce que chaque moment d’intimité physique était angoissant.

Parce que toute petite source de stress aggravait mes symptômes.

Et les autres ne comprenaient pas.

« Tu as l’air en forme, pourtant »

« Tu as bonne mine »

« Tu es jeune, tu as de l’énergie »

« C’est dans la tête »

La dernière phrase était sans doute la pire à entendre.

Il y avait plusieurs choses qui me frustraient :

Le fait que les autres minimisaient ce que je vivais — sans doute parce qu’ils se sentaient impuissants à m’aider.

Le fait que leurs tentatives de m’aider en me conseillant telle ou telle thérapie, n’aboutissaient pas.

Mais avant tout, c’est que je considérais ces douleurs comme quelque chose de négatif, comme une gêne, un problème dont il fallait se débarrasser au plus vite.

C’est seulement avec le temps, et avec la découverte de la méditation, que j’ai commencé à regarder la douleur différemment. 

Plus comme un problème à régler, mais comme une expérience à explorer.

Plus tard, j’ai découvert que la douleur pouvait même être un portail, quelque chose qui m’ouvrait au vivant en moi. 

On pourrait aussi dire que la douleur a été initiatique : elle m’a enseignée.

Elle m’a obligée à me connecter à mon corps et à mon intuition.

Elle m’a obligée à vraiment ressentir mes émotions, et à les accueillir telles quelles.

Elle m’a obligée à me soumettre au rythme de mon corps, et à devenir plus humble.

En me mettant à terre, elle m’a obligée à lâcher, à cesser de contrôler.

Et encore tellement plus… 

Je suis donc très heureuse de t’annoncer que j’ouvre un cycle de conférences-atelier sur le thème DE LA DOULEUR À L’AMOUR
Je te donne rendez-vous :
à Paris le 19 mai à 19h30
à Pamiers (en Ariège) le 26 juin à 19h30

Plus de détails et inscriptions en cliquant ici.

Ce qui porte chance

Lettre i du 20 avril 2022

Sais-tu pourquoi on dit que voir une coccinelle porte chance ?

C’était l’histoire d’un condamné à mort, sur le point de se faire trancher la tête. Au moment où le bourreau préparait son arme, le condamné posa sa tête sur la dalle, et y découvrit une petite coccinelle. Il la prit alors sur son doigt pour l’écarter du danger. On alla rapporter ce geste compatissant au roi, qui décida de gracier le condamné.

Ce n’est donc pas, tu l’auras compris, la coccinelle qui a sauvé le condamné, elle n’a été que l’occasion pour lui de déployer son humanité… Ce qui porte chance à l’extérieur, nous ne pouvons le contrôler. Mais ce qui porte chance à l’intérieur, c’est la seule marge de manoeuvre que nous avons : notre propre attitude par rapport à la vie. C’est le seul endroit où nous pouvons influencer consciemment notre destin : la foi et la charité.

Mais nous ne le faisons pas pour obtenir quelque chose en retour — comme de nombreux superstitieux qui croient en Dieu et pratiquent une religion pour aller au paradis et par peur d’atterrir en enfer.

Nous le faisons simplement parce que nous désirons profondément incarner notre humanité dans sa dimension la plus noble et belle, c’est-à-dire sa dimension divine, transcendante, illimitée.

Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas aussi notre ego, nos limites, notre orgueil, et nos difficultés relationnelles et pulsionnelles.

Mais nous faisons le choix, à un moment, entre ces satisfactions personnelles éphémères, et la sensation d’être profondément alignés avec nos valeurs.

Une fois sur le point d’être décapité, le condamné est en contact avec l’essentiel, car il est entre la vie et la mort. Soudain, le plus important lui apparaît : prendre soin du vivant, pendant ses derniers instants, peut-être aussi pour se prouver que malgré tout, la vie avait un sens.

Son histoire nous renseigne aussi sur la notion de péché, qui en réalité signifie « erreur », et sur sa fonction : l’expérience et l’apprentissage. Le condamné a beau avoir péché, il a beau avoir agi de façon criminelle, il n’est jamais trop tard pour changer d’avis et choisir autre chose. C’est la signification du pardon divin. On peut s’abandonner soi-même dans le « je ne sais pas », mais on ne peut pas être abandonné par la Grâce. Elle est toujours là, elle règne, que nous la voyions ou non.

Puisqu’on parle de chance et d’influencer son destin, je te présente une nouvelle vidéo sur la Loi de l’Attraction, un thème on ne peut plus populaire depuis quelques temps dans le développement personnel… et pour cause ! Beaucoup de gens la récupèrent pour en faire une sorte de technique matérialiste. On entend tout et son contraire sur cette « loi de l’univers », alors je t’invite à regarder si tu as besoin de clarté.

Cliquer sur l’image pour visionner la vidéo.

Se retrouver

Lettre i du 15 avril 2022

Le mois de mai approche.

Je commence à retrouver les premières sensations, les odeurs fleuries aux notes de miel, la douceur du vent… toutes ces choses qui m’ont charmées quand je suis arrivée ici.

Ces derniers temps, j’ai moins écrit. Ou en tout cas, moins que ces trois dernières années. Pourquoi donc ?

Ce n’est pas que je manque d’idées.
Ce n’est pas non plus que je n’aie rien à raconter…

J’ai simplement besoin de réinventer ma manière d’écrire.

Ces dernières années, l’écriture a été mon exutoire ; et je l’en remercie ! Mais elle a aussi nourri un certain narcissisme.
On a pu me reprocher, plus ou moins directement, mon côté autocentré ; mais sans nécessairement comprendre d’où tout cela venait.

En 2016, dans le premier groupe de méditation que je rejoins, je découvre la merveilleuse pratique du partage du coeur, au sein des cercles de parole : dire ce que l’on ressent, se rendre vulnérable, sans chercher de conseil ou de réponse ; simplement être accueilli et s’accueillir dans sa fragilité d’être humain. Je suis émerveillée par la puissance de cet exercice, tant pour celui qui s’exprime que pour celui qui écoute, se reconnaît ou s’oppose intérieurement, ressent tout un tas de choses… Assez naturellement, j’ai eu envie de faire de mes expériences personnelles un terreau d’évolution pour moi et pour les autres : me livrer, sans fards, à travers des podcasts, puis des écrits et des vidéos. Et puis, j’ai rassemblé des extraits de mon journal, des poèmes, des moments vécus ou fantasmés, transformés en nouvelles… Et j’en ai fait un livre : Tu me vois.

Aujourd’hui, je me sens loin de ce livre, alors même que je l’ai publié en décembre 2021, après un an de travail de reconstitution et de création. 

Je m’en sens loin, car depuis quelques mois, tous ces personnages de mon histoire, cette histoire que j’ai tenu à écrire moi-même, comme pour la romancer et en maîtriser l’image, s’effondrent. 

Comme si tout cela n’était qu’un château de cartes, joli et charmant certes, intéressant sans doute, et qui fait écho chez différentes personnes… mais un château de cartes tout de même.

Quand les fausses identités s’écroulent, il peut y avoir une sensation de vide, de rien, et on peut se sentir désemparé.

Mais c’est aussi l’occasion de se réinventer.

Ce n’est pas la pratique qui n’a plus de sens, mais la façon dont l’ego se l’était appropriée pour se donner de l’importance. 

Au-delà de l’exutoire, l’écriture est pour moi un refuge : un endroit de retrouvailles avec ma vraie nature, avec mon âme.

Ces retrouvailles peuvent avoir lieu de tant de manières… 

Du fait de mes expériences, j’ai longtemps cru qu’il fallait que j’accentue mes émotions avec des histoires, que j’en rajoute, que j’exagère la chose, afin de tomber dans ce gouffre, de faire ce plongeon vulnérable qui permettrait de voir émerger la Grâce… 

Mais la Grâce ne se provoque pas. On peut s’y rendre disponible, mais on ne peut pas la récupérer pour se dire qu’on est génial de l’avoir reçue !

A moi donc de me rendre plus réceptive aux messages de la Vie.

Ci-dessous une petite vidéo sur la question du sens, qui semble tarauder nombre d’entre nous : chercher du sens à l’extérieur, à l’intérieur, donner un sens à sa vie et le confirmer auprès du regard des autres… tout un programme ! Tu m’en diras des nouvelles.

Voir la vidéo.

Je te désinhibe

Lettre i du 8 avril 2022

[Ecrit le 4 avril]

Paris, encore pour quelques jours.
Plaisir de déambuler dans les rues, sur les ponts, de me laisser guider par la flânerie, de découvrir de petits recoins inexplorés…
Alors plongée dans mon romantisme, j’aperçois de la fumée de plus en plus grise, qui se répand depuis mon quartier, vers la Seine ; j’apprends ensuite qu’un bus a pris feu place Maubert. Un peu remuée, je prends place dans un café-resto au nom évocateur : Le Buisson Ardent.

Je demande à m’asseoir à l’intérieur, et le serveur me prépare une petite table, seule dans la salle attenante. Pas de masque, nos visages sont découverts et se regardent, c’est presque indécent. Sa beauté timide, un peu féminine, me touche. Je lui demande de mettre beaucoup de cacao dans mon chocolat chaud, parce que souvent, lui dis-je, les serveurs mettent trop de lait et ce n’est pas très bon.

Délice de chocolat viennois qui arrive à ma table.
Luxe que je savoure dans ma solitude teintée de musique jazz.
Plaisir d’aller payer au comptoir et de lui dire combien c’était bon, de voir son sourire gêné et sa main tremblante en rendant la monnaie.

J’aime désinhiber les gens.
Désinhiber, qu’est-ce que c’est ?
Ce n’est pas dévergonder, car dévergonder c’est déstructurer.
Ce n’est pas pousser quelqu’un dans une direction qui n’est pas la sienne.

C’est simplement donner l’autorisation.

Dans un monde où les interdits sont nombreux, et où la transgression est sévèrement punie…
Dans un monde où nos modes de vie et d’expression sont de plus en plus surveillés, et classés (voire notés) comme étant bons ou mauvais…
Dans un monde où il faut prendre des pincettes et se retenir, même dans l’intimité la plus intime, même avec nos proches…

Nombreux sont ceux qui vivent en retenant, en contenant ce qu’ils sont.
Par honte, par culpabilité, par peur d’être jugé, puni, rejeté.

Je me sens chanceuse d’oser accéder à cette partie contenue et refoulée chez les gens.
Je la vois.
Je la sens.

Et je leur fais sentir que je l’ai vue chez eux, et que je ne les juge pas pour ça.

Au contraire, je les encourage à assumer, à s’aimer tels qu’ils sont, à s’exprimer comme ils n’ont jamais osé le faire.

A travers la créativité.
A travers leurs sujets de conversation.
A travers leur sexualité.

Sans pré-mâcher ce qu’ils sont censés vivre, parce que chaque chemin est unique.
Mais juste les inviter à ouvrir la porte, et à regarder les trésors qui se trouvent cachés là, à l’intérieur.
À s’amuser un peu avec, aussi.

Et sentir que nous avons tous en nous cette liberté, cette joie profonde qui ne demande qu’à rayonner, à être accueillie, toute vibrante et puissante qu’elle est.

Je ne sais pas

Lettre i du 5 avril 2022

Je ne sais pas

Ou Cesser d’être bon élève.

A l’école, j’étais ce qu’on appelle une bonne élève. J’écoutais l’institutrice ou le professeur, je faisais mes devoirs, je ne bavardais presque pas, et surtout, j’aimais répondre aux questions parce que très souvent, je savais la réponse.

Ce n’était pas seulement pour montrer que je savais, et acquérir la reconnaissance du prof, mais aussi (et surtout) pour confirmer à l’intérieur de moi que j’avais des connaissances, ce qui me rassurait et créait une impression de sécurité. Savoir, c’était pouvoir.

C’est d’ailleurs le conditionnement qui nous est transmis par le principe-même de l’école républicaine : si on acquiert du savoir, on peut l’utiliser comme une arme pour avancer dans la vie et se faire une place dans la société.

Ces dernières années, toute cette vision a été bouleversée par des événements de vie. J’ai pris conscience que tout ce que je pensais « savoir » ne me servait pas à grand chose, si ce n’est créer une forme d’engorgement à l’intérieur de moi-même. Cela créait un trop-plein, toutes ces certitudes qui ne m’appartenaient pas, mais que j’avais simplement ingurgité et intégrées comme « vraies ».

Mes douleurs chroniques m’ont fait découvrir que la médecine actuelle ne tenait pas ses promesses, et surfait essentiellement sur le commerce du médicament de synthèse — contrairement à ce que j’avais appris à l’école.

Mes échecs relationnels m’ont appris que l’amour n’était pas comme l’affection ou l’attirance — contrairement à ce que les livres et les films me montraient.

Ma déception étudiante m’a montré que les études supérieures ne pouvaient, quel que soit leur niveau d’exigence, satisfaire la soif de profondeur de mon âme — bon, l’âme, il n’en a jamais été question, car c’est un sujet tabou, l’école est laïque, souvenez-vous.

Tous ces jugements quand on « ne sait pas ».
Quand le prof vous pose une question et que vous avez l’air bête devant toute la classe.
Toutes ces inquiétudes des parents et de leurs amis qui, dès huit ans, veulent s’assurer qu’on « sait ce qu’on veut faire dans la vie ».

Mais putain, si je te dis que je sais pas ?!

Prenons le temps.
Respirons.
Ressentons.
Dans l’intimité de notre être, il y a toutes les réponses.
Mais elles viennent quand nous sommes mûrs.
Alors pourquoi forcer les choses ?

Laissons un peu crier notre juge intérieur, celui qui répète les mots angoissés de nos parents, qui reproduit les airs agacés de nos professeurs.

Et retrouvons cette sérénité de ne pas savoir.
Comme un enfant.
Dans une joie simple et patiente.
La douceur de vivre, instant après instant.

P.S : Ce sujet est si présent pour moi en ce moment, que ça m’a inspiré un épisode de podcast. Cela faisait depuis l’été dernier que je n’en avais pas enregistré, et ça fait du bien de vous parler à nouveau dans ce format !

Chacun son rythme

Lettre i du 27 mars 2022

Depuis quelques semaines, le printemps s’exprime : les arbres fleurissent, tour à tour.
Certains ont fleuri dès le mois de février, comme le cerisier de mon jardin.
D’autres s’y mettent à peine.
Et on est heureux que, quand l’un perd ses fleurs pour laisser voir ses feuilles, d’autres sont à peine en train de bourgeonner et de fleurir.

Pourquoi ne faisons-nous pas la même observation candide, vis-à-vis des humains ?

Nous avons chacun notre rythme, et pourtant il y a comme l’idée qu’il y aurait un rythme optimal, meilleur que les autres, et que ce sont les meilleurs qui l’atteignent.
Par exemple, on attend d’une femme trentenaire qu’elle commence à s’activer pour faire des enfants.
On attend d’un jeune qui a la vingtaine qu’il sache déjà quelle orientation choisir, quel métier il fera à la fin de ses études.
Et on attend d’un adulte responsable qu’il ait un emploi stable et une perspective de “faire carrière” dans le domaine qu’il a étudié.

La floraison rapide, sous engrais, est-elle nécessairement la meilleure ?

C’est sûr qu’à court terme, c’est impressionnant d’efficacité.

Mais est-ce qu’à long terme, cela ne tend pas à appauvrir les sols, et à les rendre toxiques pour les oiseaux, les mammifères et les insectes ?

C’est peut-être la même chose pour les individus.
Les forcer à pousser plus vite que ce qui leur convient, c’est ce qui mène in fine au burnout, à la perte de sens, à l’absurdité, et potentiellement à la dépression.
Parfois la dépression est chronique, et on y est tellement habitué qu’on pourrait croire que cet état est normal. Mais vivre en sous-régime, en dessous de sa puissance réelle, n’est pas naturel.

Prenons l’analogie du cycle féminin : pour simplifier, en phase fertile, il y a beaucoup de créativité et d’énergie pour faire ; en phase infertile, il y a besoin de repos et de vide.

Si nous respections nos rythmes singuliers, notamment les temps de repos suggérés par nos phases infertiles, nous aurions davantage d’énergie dans nos phases fertiles.

Mais ce que nous faisons souvent, c’est de forcer l’action, même dans les phases fertiles, pour créer une régularité artificielle de notre productivité.

Pourtant, nous avons le choix.
Tout comme nous regardons les arbres fleurir avec tendresse, nous pouvons être curieux.ses de notre processus particulier de floraison, sans attente particulière sur sa rapidité ni sur son planning.
Nous n’avons pas à faire en sorte d’être comme les autres.
Nous avons le droit d’être simplement nous-mêmes.

Et c’est amplement suffisant.

P.S : On approfondit la thématique dans la vidéo ci-dessous.