Où que tu ailles…

tu en feras ton endroit.

Lettre i du 26 février 2022

Depuis que je prends le temps, j’ai appris à m’émerveiller.
Avec la sensation que je ne me l’étais pas autorisé avant.

Dans l’enfance, l’extérieur m’apparaissait souvent comme ennuyeux.
Les paysages de vacances se ressemblaient tous, les animaux du zoo vivaient enfermés, et les gens… ils finissaient toujours par me décevoir.

Alors, j’ai réappris.

En quittant Paris, la ville où j’ai grandi, et en explorant des lieux aux cultures différentes, dont la nature se rapproche du féérique tant elle est encore préservée de la destruction par l’homme.

Dans ces lieux, j’ai eu l’impression de me rencontrer à nouveau.

Est-ce un souvenir d’une vie passée, qui fait que je me suis sentie immédiatement chez moi au Népal ?
Les collines vertes de l’Ariège m’ont-elles charmées parce qu’elles me rappelaient les paysages de la Colombie ?

Je ne sais pas vraiment d’où est venue cette sensation de familiarité.
Mais elle était là, et elle m’a convaincue d’écouter mon intuition, et de partir, sans filet.

Aujourd’hui, installée dans la montagne, je marche dans la forêt, j’écoute les oiseaux… et je me rends compte que l’important, c’est que je fais exactement la même chose que pendant mes dernières années à Paris, que pendant mes séjours à l’étranger. Je me rends présente. Je fais de cet endroit mon endroit, je me l’approprie, en me mettant à son écoute.

Certes, il y a un tissu social, il y a un terreau qui nous attire plus ou moins dans un lieu ou un autre. Mais tout reste à faire. Se faire confiance, oser prendre l’initiative, nouer des liens avec fraîcheur, comme un enfant toujours prêt à jouer avec son voisin.

A plusieurs moments, depuis le début de la “crise sanitaire“, j’ai eu des envies de quitter le pays. Comme une envie de fuite. Comme pour soulager cette pression, ce trop-plein que je ressentais. Mais je vois bien que derrière cet instinct, il y avait surtout le besoin de me retrouver moi, de respecter mon intégrité, depuis l’intérieur.

Il ne s’agit pas de rester ou de partir, ce n’est pas vraiment la question, et le choix final importe peu.

Ce qui importe, c’est mon attitude au sein de ce choix (ou de cette contrainte, si j’ai l’impression que je n’ai “pas le choix“) : est-ce que je suis ouverte à être chez moi, où que je sois ? Est-ce que je m’autorise à être moi-même, y compris avec un partenaire imparfait ?

Ou est-ce que j’attends qu’un sauveur arrive de l’extérieur : une opportunité qui me fasse changer de situation professionnelle ou géographique, une nouvelle rencontre amoureuse… ?

L’impression que l’extérieur est responsable de nos difficultés intérieures, est le plus souvent une illusion. Elle résulte d’un cercle vicieux qui s’est formé dans notre vie, et dont on arrive plus à discerner la cause première. Celle-ci est souvent liée à un traumatisme — certains disent que notre âme l’a choisie pour pouvoir grandir au sein de l’expérience humaine.

Quoi qu’il en soit, il est possible de décider, au présent, de la regarder autrement que comme une malédiction, et de reprendre la responsabilité de ce que nous vivons. Nous portons en nous des ressources inestimables : notre sensibilité humaine nous offre la capacité à écouter profondément, à nous émerveiller, à ouvrir notre coeur… où que nous soyons, quel que soit notre environnement extérieur, notre travail, notre situation familiale ou amoureuse.

Alors, peux-tu toi aussi faire confiance que, où que tu ailles, tu en feras ton endroit ?

L’inutile en priorité

Lettre i du 23 février 2022

Notre éducation occidentale nous pousse à agir pour obtenir un résultat.
Être efficace.
Être productif.
Être actif.
Tout cela est valorisé.

Parfois on me dit “c’est impressionnant tout ce que tu fais”, sur le ton du compliment. Et bizarrement, alors qu’avant je me sentais flattée, aujourd’hui ça me met un peu mal à l’aise.

Parce que la quantité de choses que je fais ne définit pas ma valeur.

Et aussi, parce que je n’ai pas l’impression de “faire” tant que ça.

J’ai parfois un peu du mal à l’admettre, tant c’est loin de la réalité de beaucoup de personnes, mais… la plupart du temps, je me laisse porter. L’action émerge de façon spontanée, sans forcer.

Cette façon “organique” de fonctionner, elle n’est pas arrivée du jour au lendemain.
C’est une pratique humble et diligente qui m’y a conduite, peu à peu.
La pratique de la présence.
Sans rien attendre.
Sans espérer un miracle.
Entraîner mon attention, comme un muscle.
Me connecter à la vérité qui est déjà en moi, et surtout, lui faire confiance.

Et plus ça va, plus mon coeur me dit : “commence par l’inutile”.

Car ce qui est apparemment inutile, est en fait l’essentiel.

Écouter le chant des oiseaux avant de me lever le matin.
Saisir ma guitare au réveil, alors que je suis encore dans un état second.
Écrire quelques lignes qui ne veulent rien dire.
Dire “je t’aime”.
Faire le clown et rire aux éclats.

Et cela, avant les “contraintes”.

Au fond, les contraintes n’en sont pas. Je peux faire mes factures et répondre aux emails à n’importe quel moment de la journée. C’est moi qui décide qu’une tâche est chiante ou intéressante.

Mais en attendant d’arriver à ce niveau d’équanimité, nous avons besoin de laisser certains conditionnements nous quitter : tous ceux qui nous poussent à faire ce qui est “utile” en premier, par culpabilité.

Et si tu t’autorisais à expérimenter, qu’est-ce que ça fait de commencer par ce qui est “inutile” ?

Créer pour soi ou pour les autres ?

Lettre i du 19 février 2022

J’ai commencé à étudier le violon à l’âge de six ans. Parce que l’instrument me plaisait, parce que j’y prenais plaisir, et parce que je voulais atteindre un certain niveau pour pouvoir jouer de grands concertos.

Je jouais avant tout pour moi.

Aussi, quand mes parents me demandaient de jouer devant des invités, c’était toujours un peu un effort, pas vraiment un plaisir. J’avais l’impression de devoir faire bonne figure, et il était difficile de me connecter au naturel qui apparaissait quand je jouais seule.

Jusqu’à mon dernier examen de fin d’études musicales, en 2017, je n’avais jamais vraiment bien vécu la relation au public. Durant cet examen, je me suis pourtant retrouvée prise dans une spirale d’énergie parce que j’ai regardé dans les yeux d’une amie qui était venue m’écouter (et qui était très bien placée pour que je la regarde). Cette énergie circulait entre nous, et j’avais vraiment la sensation que “ça jouait”, que je n’avais quasiment rien à faire, aucun effort à fournir… comme par magie, j’avais touché l’état de flow, par la connexion humaine.

Notre rapport à la créativité est souvent lié à notre rapport au beau.

Souvent, le regard de l’autre sur notre oeuvre ou notre performance (comme pour l’interprétation violonistique), est comme une pression que l’on se met pour “faire bien”, afin d’être approuvé.
Or, “faire bien”, c’est souvent suivre un modèle pré-établi, ce modèle rassurant mais ennuyeux.

Nous croyons que les autres attendent que nous rentrions dans le moule — et dans certains cas, il est vrai que cela les rassure, car ils “reconnaissent” une certaine forme, une certaine beauté qui leur est familière. Mais dans ce cas, ils restent en surface.
Au fond, sans le savoir, ils souhaitent être surpris par quelque chose d’unique, de singulier.

Nous croyons que l’autre cherche à nous enfermer.
Alors pour lui plaire, pour être validé par le groupe, nous copions et nous reproduisons ce qui existe déjà, trahissant ainsi notre propre génie créatif, privant le public de notre expression singulière.
Pour nous protéger, nous nous cachons à nous-mêmes et aux autres, nous refusons d’exister totalement, de tout notre être.
Parce que nous croyons souvent qu’il est impossible d’être soi-même tout en étant en lien avec l’autre.

Pourtant, en lâchant la peur et en se plongeant dans une connexion profonde, il est possible de découvrir que nous ne sommes pas séparés, et que nos âmes se rejoignent. Et en se rencontrant, deux âmes peuvent faire de la magie. La rencontre d’âme à âme est infiniment créatrice.

Procrastiner est un art

Lettre i du 16 février 2022

Parfois, il est bon de remettre quelque chose au lendemain.

Lorsqu’on n’est pas prêt à s’y confronter.
Lorsqu’on a besoin de temps pour se sentir au clair.
Lorsqu’on a besoin d’être pleinement dans autre chose, afin de se rendre ensuite entièrement disponible.

Parfois, ce que l’on appelle paresse est, au contraire, une intelligence de l’âme.
Une occasion de se mettre à l’écoute de soi, et de ce qui est juste dans l’instant.

Parfois, il faut attendre que quelque chose guérisse.
Une incompréhension, une colère.
Quelque chose resté rentré là, en dedans, et qui a pris trop de place.

Nous ne décidons pas combien de temps prend cette guérison, cette ouverture de quelque chose qui a été si fermé, si renfermé sur lui-même…

Nous devons simplement nous rendre à l’évidence : les choses se passent quand elles doivent se passer, et forcer les choses ne fait que rajouter des couches à la blessure.

A la place, on peut choisir de ralentir, et d’écouter.
Peu à peu, quelque chose s’apaise.
Peu à peu, la clarté apparaît.

Et l’action vient, d’elle-même, comme une vague qui se forme sur une mer calme.

Arrête de réussir

Lettre i du 14 février 2022

Dans le développement personnel, on entend souvent cette phrase :
« Les gens qui réussissent… » complétée de « font ceci ou cela. »

Mais qu’est-ce que ça veut dire, réussir ?
Y a-t-il vraiment une relation de cause à effet si nette entre des comportements, et des résultats ?

Désolée, mais non.Déjà parce que nous ne sommes pas des machines.
Alors ne nous traitons pas comme telles.
Nous ne pouvons pas nous contenter de répliquer ce que quelqu’un d’autre a fait, pour prétendre atteindre les mêmes résultats.
Car notre histoire est différente, et notre mission de vie est différente.
Car nous sommes des êtres complexes, et qu’au-delà de nos conditionnements et de nos blessures, nous avons une âme ; ou plutôt, nous sommes des âmes.

Prétendre qu’il y a « les personnes qui réussissent », et les autres… est une insulte à la beauté complexe des âmes qui composent l’humanité.
Dans une vie, il y a plusieurs vies.
Dans une époque, il y a plusieurs époques qui s’entrecroisent.
Dans un être, il y a un univers.

Alors cessons de vouloir réduire cet univers à une formule mathématique, à un algorithme.
Cessons de croire que nous sommes si prévisibles.
Cessons de croire que nous sommes dépendants de cette matrice.

Osons penser autrement.
Osons regarder les choses à l’envers, pour remettre notre coeur à l’endroit.

Il n’y a pas de réussite.
Il n’y a pas d’échec.
Il n’y a pas de critères de réussite, ou d’échec.
Tout cela, ce sont des croyances.
De gros blocs de croyances que nous entretenons collectivement, mais des croyances.
Tout simplement.

Pourquoi les laisser avoir un tel pouvoir sur nous ?
Pourquoi s’empêcher de vivre, parce qu’il faudrait prétendument ressembler au voisin ?
Pourquoi se cacher qui on est, à soi-même et aux autres, pour la fausse sécurité d’une reconnaissance extérieure ?

Parce qu’au fond, nous avons peur de notre âme.
De sa puissance.
Vertigineuse.
De ce vertige qui, croit-on, pourrait nous engloutir.
Laissons-nous porter dans ce vertige.

Peut-être qu’il est simplement le signe qu’à travers la chute, nous sommes sur le point de nous envoler.

Pourquoi j’aime écrire des lettres

Lettre i du 11 février 2022

Pourquoi j’aime écrire des lettres

Il y a cette lenteur.
Ce soin que je prends à penser à l’autre pendant un temps long.
Comme si je lui parlais, vraiment.
Comme si je m’asseyais avec lui et le regardais dans les yeux.
Et je me confie.
Je dis ce que je ressens, ce que je vis, ce que je traverse.
Peu de place pour les faux semblants.
Peu d’apparences à mettre dans une lettre.
C’est si sobre.

Et puis il y a ce geste soigneux pour plier la lettre, la glisser dans l’enveloppe, donner un coup de langue pour raviver la colle et refermer l’enveloppe.

Et puis il y a la liberté.
Je l’envoie, et je l’oublie.
Contrairement à la messagerie instantanée, je ne m’attends pas à une réponse.
Ou alors, j’y pense de temps en temps, mais sans savoir quand elle arrivera. Elle peut prendre des jours, des semaines, des mois… peu importe.
Je l’oublie.
Je peux vivre dans l’instant présent.

Et quand la réponse arrive, c’est une surprise, une joie.
Tout à coup, même si j’ai oublié les mots que j’avais posés dans la lettre, l’intention me revient, je m’y reconnecte.
Je me sens reconnaissante de ce temps qui a été pris, rien que pour moi, reconnaissante pour cet être qui a laissé de côté les distractions pour s’asseoir et rédiger tranquillement sa réponse, avec soin et présence.

Ce n’est pas un plaisir fugitif, comme les shots d’adrénaline des notifications.

C’est quelque chose qu’on savoure comme un vieil Hydromel.
On le laisse imprégner la bouche, on se laisse envahir par son parfum.

Il y a une véritable intimité dans la correspondance.
Certes, celle-ci peut exister à travers des emails, ou des textos.
Et le romantisme existe, là aussi…
Mais rien n’a autant de réalité qu’un papier qui a été touché, senti, sur lequel l’encre s’est déposée par vagues d’inspiration et de sentiments.

Alors oui, je recommence à écrire des lettres.
Je prends le temps.
Moins distraite par les réseaux sociaux et leur insatiabilité, j’ai le temps.
Le temps d’être présente.
Le temps de ralentir.
Le temps d’aimer, vraiment.

Il est temps de sortir de ma grotte

Lettre i du 6 février 2022

Il y a quelques années, j’ai vécu un effondrement.
Pendant des mois, pas d’énergie.
Pendant des mois, incapable de faire.
Pendant des mois, la tristesse et la frustration.

Et j’en ai tiré des conclusions.
Un peu hâtives, peut-être.

Que j’étais trop sensible pour vivre avec les autres — même si vivre en communauté est l’un de mes souhaits les plus chers.
Que les autres (et leurs gros sabots) étaient la cause de ma souffrance.

Je ne voulais plus être dépendante de l’amour des autres.
Ce fonctionnement m’avait trop fait souffrir, en me poussant à trahir qui j’étais.

Alors je me suis retirée du monde.
Je me suis cachée, pensant trouver la paix suffisante pour créer, et donc pour donner encore plus au monde, sans rien lui demander en retour.
Je me suis protégée, prétextant un destin d’artiste, me racontant une histoire pour mieux éviter l’autre et l’inconfort de la rencontre.
J’ai fui l’interaction et la connexion humaines, les réduisant au minimum, pour à tout prix éviter de revivre du conflit et de l’incompréhension.
Je ne voulais plus m’engager dans des relations ni dans des projets, car le risque d’être déçue était bien trop grand.

Et après ?

Quand j’ai cessé de croire à cette histoire que c’était « mon destin » que de m’isoler, et quand j’ai osé me regarder en face, j’ai compris qu’en réalité, j’avais peur.

J’ai vu cette peur.
J’ai vu la honte, aussi, celle qui me fait rebrousser chemin alors que j’étais prête à créer un lien.

Ai-je vraiment une place dans ce monde ?

Voilà la question qui me hantait.
J’ai essayé, encore et encore, d’occuper des places toutes faites, pré-mâchées pour moi.
Dans mes études, très classiques.
Mais même en devenant artiste et entrepreneur, je cherchais des modèles à suivre, afin de pouvoir rentrer « facilement » dans une place standardisée.

Mais si ma place existe, elle est tout sauf standard.
En réalité, chacun a un rôle unique à jouer sur cette Terre, et je ne fais pas exception.

Ce weekend, en assistant un stage de guérison thérapeutique pour un groupe, j’ai mesuré l’impact de ma présence sur les autres. En même temps, j’ai vu que j’avais été, jusqu’alors, inconsciente de la qualité de ce que j’apportais.

Et j’ai commencé à ressentir la responsabilité qui m’incombait.
Non, ma vie ne se résume pas à vivre paisiblement en haut de ma montagne.

Les autres ont besoin de ma présence.
Pas sur un mode sacrificiel qui m’empêcherait de me ressourcer ou de me respecter.
Pas dans un mécanisme qui m’éloignerait de moi-même et de mon axe.
Mais dans un choix conscient de remplir ma mission.

Une mission qui n’a rien à voir avec le forcing qui semble imposé dans de nombreux parcours professionnels.
Une mission qui n’a pas grand chose à voir avec l’action volontariste, et qui a tout à voir avec la présence simple et l’attention subtile accordée à l’autre, à ce qu’il vit, et surtout à qui il est profondément.

À un niveau très personnel, très égocentré, je n’ai pas envie de consacrer trop de temps à aider les autres. J’ai plus de plaisir à jouer, à créer en permanence, de façon totalement gratuite. Et je sais qu’à un certain niveau, mes créations aident les autres.

À ce niveau-là, c’est aussi plutôt agréable d’être solitaire. Je trouve de la compagnie dans la nature, les animaux, la musique. Sans m’encombrer des complications humaines.

Mais au fond, la vie me montre, de manière surprenante, que quelle que soit l’activité que je pratique — chanter des chansons, écouter l’autre et lui apporter un éclairage conscient, écrire des poèmes et des textes — ce qui compte, c’est la qualité de présence et de sincérité qui s’y trouve.

Car c’est à cet endroit-là que mon être touche les autres.
A un endroit simple, doux et vulnérable.
A un endroit parfois inconfortable, mais si vrai qu’il est difficile de nier ce qui se passe.

Alors il faut assumer.
Il faut que j’assume ce que je suis, cette présence qui m’habite et qu’il est, en fait, impossible de cacher.
Il faut que je cesse de diminuer ma lumière, de la tamiser, par peur de faire de l’ombre, par peur de ne plus être aimée parce que j’aurais brillé trop fort.

Parce qu’au fond, je m’en fous de briller.
Ce qui compte, c’est la connexion que cet éclat permet.
Ce qui compte, c’est la lumière que l’autre trouve en lui, au moment où il se met en lien avec moi.

Ce qui compte, c’est la guérison profonde qui se fait, en chacun de nous, au moment où nous nous autorisons à être, complètement.

Ce qui se cache derrière notre « envie de faire le bien »

Lettre i du 7 février 2022

Autrement dit, ce qui se cache derrière notre personnage de justicier.

Nous en avons tous un, au fond de nous.

Celui qui se met en colère quand il pense connaître la vérité, et la voir bafouée devant ses yeux.
Celui qui voit l’irresponsabilité partout autour de lui, et qui accuse sans cesse les autres de causer le malheur collectif.

Il est assez facile à reconnaître, en fait.
Il porte des valeurs très hautes, qu’il considère être essentielles à la vie humaine.
Il parle de dignité, de combat pour la vérité et pour l’amour.
Il peut parler au nom de beaucoup de choses, souvent très nobles d’ailleurs.

Mais la manière dont il parle est différente de l’intention qui le guide réellement.

Son intention, au fond, est davantage personnelle qu’il n’y paraît.

Il prétend défendre le bien commun, mais…

Il veut surtout avoir raison et être reconnu comme celui qui avait raison.
Il veut être un héros.
Il veut avant tout être aimé.

Il prétend suivre des règles appartenant à un cadre sécurisant pour tous, mais…

Il utilise surtout ce cadre pour se sécuriser lui-même.
Il ne vérifie pas la pertinence de ce cadre pour chacun.
Il veut avant tout être aimé.

Alors, et si nous cessions de croire à cette illusion qu’a forgé notre ego ?
Et si nous cessions de nous prendre pour ce personnage qui prétend restaurer la justice ?
Et si nous admettions avec vulnérabilité, avec honnêteté, qu’au fond, nous recherchons un regard aimant qui pourrait se poser sur nous ?

Au fond, nous savons bien que l’amour véritable ne peut se trouver à l’extérieur.
Et nous avons peut-être honte d’être encore mus par des motivations infantiles, une quête affective « ridicule » pour un adulte…

Mais il est temps de constater que nous sommes en chemin.
Ce n’est même pas une histoire de « l’accepter ».
Juste d’observer.

Oui, je suis un être humain, et j’ai mes failles.
C’est seulement en les reconnaissant, en acceptant de les voir, que je peux avancer avec elles, en amitié et en coopération, plutôt que dans le déni et l’impuissance.

Il n’est pas facile de lâcher cet attachement, cette idée que « je sais ».
Il n’est pas facile de se rendre, de dire « je ne sais pas ».
Il n’est pas facile, après tout ça, de faire confiance.

Et c’est pourtant ce qui nous est demandé.

Les gens ne changent pas parce qu’on le leur demande

Lettre i du 4 février 2022

Ces dernières semaines, il y a eu comme une pause.
Un blanc.
Un arrêt.
Une déconnexion.

Et en fait, c’était déjà un peu comme ça pour moi depuis la fin de l’été.
Des relations que j’ai mises sur pause, dans lesquelles j’ai cessé de m’investir.
Pas par manque d’amour pour l’autre, mais par nécessité.
D’arrêter de chercher à le sauver, à le convaincre, à l’embarquer avec moi dans mes idéaux.
De me donner de l’amour à moi, pour comprendre ce qui me pousse encore et encore dans cette direction, pour distinguer l’ego de l’âme.
Est-ce que je suis sincère lorsque je dis que je veux changer le monde « pour aider », alors que tout en moi tremble, et qu’en réalité je cherche surtout à créer une paix extérieure pour me rassurer ?

L’espace en moi qui veut vraiment être au service, n’a rien à faire, ne ressent aucun stress, aucune pression, aucune obligation.
L’espace pur de mon âme, qui voit le service comme une évidence, n’a rien besoin de prouver à personne, n’a pas besoin d’être rejoint, reconnu, reçu par des instances extérieures.

Après la déconnexion, une forme de retour progressif.
Tout en vigilance, car je ne veux pas être à nouveau piégée dans des relations qui m’éloignent de moi-même.

Et là, je reprends contact.
Et je constate que l’autre a changé.
Spontanément, livré à lui-même et à la vérité de son être.
Qu’au lieu d’avoir besoin de moi pour l’aider à changer, il n’avait peut-être besoin de rien du tout, ou au contraire, il avait peut-être besoin de mon absence, de mon silence, de ma neutralité.

Et je me rends compte que la relation ne m’a jamais éloignée de moi-même.

C’était ma façon de percevoir l’autre et la relation, ma façon de les juger, de vouloir les faire changer, de vouloir les améliorer, de vouloir les façonner à l’image de mon idéal… plutôt que de chercher à comprendre.

Voilà ce qui me coupait de moi-même, et de l’autre.

Je me rends compte, aussi, qu’infantiliser l’autre n’est jamais une bonne idée.
Confirmation de quelque chose que j’ai toujours ressenti.
Laisser à l’autre toute sa responsabilité, en cessant de le plaindre, en cessant de l’accompagner, en cessant d’espérer, c’est parfois lui faire le plus beau des cadeaux.
Livré à lui-même, il est bien obligé de se confronter à deux choses : sa peur, et sa puissance.

Alors que dans le statut d’enfant dans lequel je le mettais, il était confortable et stagnant, reposant sur mon conseil de « parent de remplacement », soudain mon absence se fait sentir, et il sent qu’il existe.

Dans l’inconfort de la solitude et du vide, quelque chose meurt, et autre chose peut naître.

De la mollesse d’un mollusque, il passe à la fermeté de l’arbre.

Soudain, sa présence se densifie : oui, il a le choix, oui, il peut faire, et il a seulement besoin, pour cela, de se faire confiance.

Entre les deux, il a quand même dû faire face à un passage, qui se représentera à de multiples reprises : la rencontre de sa peur la plus profonde.

Ce n’est que le début de son exploration.
Et je souris d’en être (un peu) le témoin.

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Tous ces groupes que j’ai quittés

Lettre i du 3 février 2022

Je les ai quittés parce que j’avais un idéal, qu’ils ont déçu.
Je les ai quittés parce qu’ils ne répondaient pas à mon exigence.

Peut-être n’avaient-ils jamais, au fond, répondu à ce que je recherchais.
Peut-être avais-je, moi aussi, été opportuniste.
Besoin de soutien, de ressources, besoin d’une famille, besoin de sortir de l’hostilité.

J’ai toujours eu une grande exigence.
Ma mère gardait espoir, en me voyant grandir dans ce qu’elle appelait parfois « une exigence si forte qu’elle peut devenir intransigeante ».
Elle disait qu’en prenant de l’âge, je « mettrais de l’eau dans mon vin ».

Ce n’est pas vraiment le projet.

Gagner en finesse et en nuance, oui, cela fait sens.
Abandonner mon exigence, jamais.

Car ce mot, un peu imprécis finalement, représente surtout une forme de fidélité envers moi-même.

Dire oui à ce que je ressens profondément, même si les autres ne semblent pas comprendre, ni souhaiter se plier à la même chose.
Dire oui, sans savoir si je serai seule jusqu’au bout du chemin.
Dire oui à ce que la vie me dit de l’intérieur, et donc nécessairement…

Dire non.
Dire non à ces dirigeants qui se compromettent parce qu’ils ont peur.
Dire non à ces organisations bien-pensantes qui n’incarnent pas les valeurs qu’elles affichent.
Dire non à un système qui nous emprisonne toujours plus le cerveau et le corps, nous empêchant de faire nos propres choix tant il s’est instillé dans nos psychés.

Aujourd’hui, je dis non à Meta, cette entreprise qui réunit à présent Facebook, Instagram, et quelques autres applications permettant aujourd’hui de « réseauter ». Je quitte la plateforme d’ici une semaine, j’ai fait un live à ce sujet.

J’aimerais aussi dire non à Microsoft et Google, parce qu’ils font partie du jeu, très largement.
Je fais les choses par étapes, parce que je ne voudrais pas disparaître trop brutalement.

Mais au bout du compte, mon intuition risque de me pousser plus loin encore.
Quitter Internet.
Abandonner les machines.
Smartphone.
Ordinateur.

Pour se recentrer sur l’essentiel : la vie.
Pas la vie des machines, non.
Pas la vie dépendante des machines.
Mais la vie elle-même, en harmonie avec les hommes et la nature.

Être dans le présent, plutôt que de toujours rêver d’un futur « un peu mieux ».
Vivre de peu, créer, avoir de l’espace pour apprendre et grandir.
Planter des graines en riant.
Et vivre.
Tout simplement.

Avec l’espérance que oui, le collectif est un possible.
Avec le choix d’y croire, et de construire, pas à pas, un monde qui me ressemble, qui nous ressemble, à nous les humains.

(Le lien du Live en cliquant ici)