Écouter son coeur

­Newsletter (La Limace) du 23 juillet 2022

Hier, j’ai passé un certain temps seule, à écouter ce que mon coeur me demandait. A chaque instant, dans la vulnérabilité éphémère de ce qu’un moment peut offrir, je m’ouvrais à ce qui émergeait en moi.

Je suis rentrée de retraite il y a quelques jours, et après autant de temps en présence à moi-même, j’ai eu droit à quelques prises de conscience. Celles-ci se prolongent et se digèrent avec le temps que j’accorde au silence, à la simplicité, au non-faire.

Parmi ces prises de conscience, la nécessité de recentrer mon projet de vie autour de ce qui m’anime depuis les profondeurs, depuis toujours : la musique.

Comment ? Je ne sais encore quelles seront les étapes.

J’essaie de le vivre, comme toutes les transitions, minute par minute.

C’est inconfortable, c’est vulnérable, c’est tendre, et c’est normal puisqu’il s’agit de mon coeur, de ce qu’il y a de plus précieux.

Mais si c’est mon coeur, c’est aussi ce qu’il y a de plus fiable, de plus solide, de plus puissant.

Paradoxal, pourrait-on croire…

Mais le coeur est ce qui nous donne du courage, ce qui nous reconnecte à la foi alors qu’à l’extérieur les difficultés semblent s’acharner, cherchant apparemment à nous mettre à terre…

Remercions ce qui nous met à terre, car cela nous invite à l’humilité, et à ressentir le vivant qui s’exclame “Je Suis” quelle que soit la situation.

Osons plonger dans ce qui nous semble sombre, houleux, indomptable, car il n’y a rien à “gérer”, rien à dompter ni à contrôler.

Osons ressentir pleinement, et nous ressortirons la tête de l’eau, tôt ou tard.

Ayons confiance en ce mouvement qui se déroule en nous, malgré nous, avec nous.

Nous sommes ce mouvement.

Et nous sommes l’immobilité qui regarde, observe et aime.

Pour écouter son coeur, il est inévitable de se confronter à certains automatismes qui nous empêchent de ressentir, qui nous éloignent de notre nature profonde : l’amour. Pour amener un peu de lucidité et quelques pistes à ce sujet, j’ai tourné cette vidéo il y a quelques semaines.

Être petit

Newsletter (La Limace) du 15 juillet 2022

Parmi les chatons qui sont nés il y a quelques mois, il y en a une qui est nettement plus petite que les autres.

Elle mange plus lentement, elle marche plus lentement, et elle semble si délicate, si fragile…
Par moments ses yeux s’irritent et s’emplissent de larmes.

C’est celle que nous trouvons la plus touchante, sans doute celle à laquelle nous nous sommes le plus attachés — car il va falloir les donner, ces petites boules de poils.

Elle nous montre, une fois de plus, à quel point la vulnérabilité est belle, quand elle est vécue pleinement, authentiquement.

Elle nous montre aussi à quel point, dès le plus jeune âge, un certain nombre de caractéristiques nous définissent, et qu’il est vain de chercher à les changer pour plaire ou pour correspondre aux critères de la société.

Aussi, naturellement, nous l’aimons et avons envie de la protéger.

La vie prend soin de la vie.

Ce qui est valorisé par le groupe, c’est la force, l’indépendance, symbolisés par la réussite extérieure.

Pour certains, ce sera la réussite matérielle, l’argent et le pouvoir politico-économique. Pour d’autres, ce sera la renommée, le pouvoir d’influence, la possibilité de s’exprimer devant la foule.

Mais la force et l’indépendance d’un être humain, tout mortel qu’il est, ont elles vraiment une réalité concrète ?

Un seul individu peut-il prétendre « prendre en main » sa vie, son destin, sans aucune aide extérieure ?

Non, car son destin n’est pas entre ses mains, et parce qu’il est profondément relié à tout ce qui l’entoure.

Et si nous nous autorisions à être petit, pour une fois ?
Et si nous osions demander de l’aide et du soutien autour de nous ?
Et si nous osions faire confiance à l’harmonie du grand Tout, plutôt que de chercher à tout contrôler et à tout faire par nous-mêmes ?

Pour cela, cultivons la confiance.
Notre limite n’est pas une fatalité, ce n’est qu’une donnée de notre existence.
C’est aussi une grande enseignante.

J’en parle dans cette vidéo (voir image ci-dessous).

Le monde ou ton monde ?

Newsletter La Limace du 5 juillet 2022

Hier, je discutais avec un ami au téléphone, et il y a une phrase qui m’a marquée, qu’il a répété plusieurs fois au cours de la conversation : « Le monde conspire contre nous. »

Je vous donne un peu de contexte. En échangeant alors que nous n’avions pas parlé depuis plusieurs mois, nous nous sommes rendus comptes que nous étions dans une phase un peu similaire, l’un et l’autre : une phase de vide. Moins d’envies, moins de désirs, un corps qui demande de ralentir, le système nerveux fatigué. Il y avait comme ce constat, cette observation que nous avions déjà accompli beaucoup de choses « dans le monde », matériellement, relationnellement, et qu’une forme de lassitude était là en ce moment, une envie de ne rien faire.

Maintenant vous comprenez peut-être mieux la phrase du début.

« Le monde », comme disait mon ami, ne nous aide pas à ralentir. Au contraire, il nous pousse toujours à accélérer, à courir après quelque chose, que ce soit le dernier objet à la mode, notre prochain boulot, notre prochain partenaire amoureux, ou encore « le bonheur » en lisant les derniers livres de développement personnel. Quel que soit le but, il faut l’atteindre, et vite. Sinon, on est un paresseux, un irresponsable, voire un parasite qui ne contribue pas à la société.

Mais ce discours est illusoire. « Contribuer à la société », aujourd’hui, c’est produire et consommer, comme un automate. Toute personne qui se pose vraiment des questions, qui met en doute la pensée dominante, qui pense par elle-même, et qui, par ce biais, contribue réellement à la société en ce qu’elle l’aide à évoluer, est presque toujours stigmatisée et mise dans une case.

Allons plus loin. Lorsque mon ami répétait cette phrase, je ne pouvais m’empêcher de répondre : « en l’occurrence, c’est mon monde qui conspire contre moi ». Oui, car je vois bien que les illusions, les croyances, les peurs, tout cela a été internalisé, répété encore et encore à l’intérieur de moi, si bien que ces jugements se produisent intérieurement. Pour dire vrai, je suis moins influencée et blessée par les jugements des autres que par les jugements que mon propre ego m’assène à longueur de journée.

Ce matin, je lisais quelques pages d’A la recherche du Soi d’Arnaud Desjardins (plus précisément le tome III), qui explique que la source de notre malheur est dans l’attente que le monde corresponde à notre monde, plutôt que de travailler à ce que notre monde soit en harmonie avec le monde. Nous voulons que les circonstances extérieures correspondent à nos désirs, au lieu d’accepter la réalité telle qu’elle est.

Quel est le lien avec le sujet du début ?

Nous ne pouvons pas espérer que le monde change, si nous refusons la réalité telle qu’elle est.

Cela peut paraître un paradoxe, mais c’est le chemin qui est proposé à tout être humain qui souhaite découvrir la vérité, le vrai bonheur, celui qui n’a rien à voir avec la satisfaction des désirs matériels et corporels.

Apprenons à « être un avec » la réalité, telle qu’elle se présente, avec la douleur, la maladie, la faiblesse, l’émotion, avec la pauvreté, la vieillesse, la mort. Ne passons pas notre vie à les craindre, à les redouter, à les refuser. Ne nous laissons pas non plus emporter par ces choses, comme si elles pouvaient nous anéantir.
Et si des événements agréables se présentent (éphémères eux aussi), comme le plaisir, les relations aimantes, la beauté d’un paysage, nous pouvons aussi les embrasser, sans nous laisser emporter par le désir qu’ils durent.

Pratiquons ensemble.

Cette semaine, je vous propose une méditation pour découvrir le cadeau derrière la douleur. Le lien vers la vidéo est juste ici, ou en cliquant sur l’image en-dessous.

Pas fini

Newsletter La Limace du 21 juin 2022

Depuis l’enfance, on m’a appris qu’il était toujours bon de finir quelque chose qu’on avait commencé.
Etant jeune, cela semblait facile : il suffisait de travailler suffisamment à l’école pour passer à l’année suivante.

Ensuite, au lycée, il a fallu choisir une direction, un début d’orientation pour la suite des études.

Tout cela devait avoir un sens, au moins dans notre discours, qui devait faire preuve d’une certaine cohérence pour rassurer les adultes qui s’inquiétaient pour notre avenir. Eux-mêmes persuadés de l’importance de la réussite académique puis professionnelle selon les critères d’une société telle que la nôtre, ils insistaient sur cette notion de “finir”, d’aller “au bout des choses”.

Dans le relatif, il s’agissait d’obtenir un diplôme, une certification, une forme de marque de reconnaissance qui donnerait confiance aux employeurs.

Mais dans l’absolu, comment savoir si quelque chose est fini ?

Pour une œuvre, il y a un moment où l’artiste sent qu’elle est aboutie, qu’un message a pu véritablement se déposer dedans…

Mais ce moment n’a rien d’objectif, il n’a pas de critères mesurables.

De même, comment savoir qu’on est allé au bout d’une relation, d’un engagement professionnel, d’une quête, quelle qu’elle soit ?

Est-ce le sentiment d’avoir accompli quelque chose ?

Est-ce la lassitude, l’ennui ?

Est-ce la tentation, la curiosité, l’envie de s’ouvrir à quelque chose de neuf ?

Mystère.

Alors que les institutions souvent rigides que nous impose la société cherchent à figer notre direction individuelle pour nous rendre esclaves d’un fonctionnement basé sur la peur, la vie intérieure nous invite toujours à plus de souplesse et d’écoute subtile.

Non, tout ne rentre pas forcément dans des cases.

Non, peut-être que notre évolution personnelle n’a pas besoin d’être programmée, pré-mâchée, organisée par un mental contrôlant.

Il y a une forme de rébellion discrète dans le fait d’accepter de ne pas finir, ou en tout cas pas de la manière qui serait attendue de ce monde normatif où être conforme est présenté comme la priorité.

Et si aujourd’hui, tu te félicitais de toutes les choses que tu n’as pas finies ?

Et si tu voyais le cadeau de ces expériences, qui en réalité ont pris fin exactement au bon moment pour toi ?

Et si tu regardais, au-delà des accomplissements extérieurs, tout ce qui a mûri à l’intérieur de toi, à quel point tu as grandi au cours de ce cheminement non balisé ?

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Tout se mélange

Newsletter du 15 juin 2022

Tu sais, pendant tout ce temps où j’ai fait du développement personnel, j’ai développé de nouvelles habitudes, qui me semblaient être « les bonnes ».

Par exemple, le fait d’avoir une routine du matin pour prendre soin de moi, et de ne pas prendre contact avec l’extérieur, presque en ignorant son existence, pendant plusieurs heures.

Cette hygiène de « coupure du monde » me permettait plusieurs choses :

  • D’avoir ma dose de solitude et d’intériorité, et de me retrouver moins frustrée au cours de la journée, quand j’étais « envahie » par les interactions
  • D’avoir une sensation de contrôle sur ma vie, car j’étais persuadée que cette routine matinale impliquait nécessairement une vie plus épanouie et productive
  • De me sentir un peu « supérieure » à la personne lambda, parce que je mets de la présence dans ma vie.

Et certes, ces habitudes étaient justes à ce moment-là, elles m’ont fait énormément de bien.

Elles m’ont effectivement aidée à cultiver mon intériorité et mon lien au monde subtil.

Cependant, au bout d’un moment, elles ont commencé à entretenir une forme de dualisme entre intérieur et extérieur, entre moi et les autres.

Comme si prêter attention à l’autre risquait de m’éloigner de moi-même (peut-être parce que j’avais été habituée à m’oublier en m’occupant des autres).

Comme si être présente avec moi-même devait nécessairement exclure les autres, considérés comme des éléments perturbateurs de ma « paix intérieure » (ou plutôt d’un état paisible qui, quoi qu’on en dise, est éphémère).

En séquençant ma vie, en essayant de créer un équilibre artificiel pour me rassurer, je me coupais d’une vérité pourtant merveilleuse : nous sommes tous reliés, et il n’y a pas de réelle séparation.

Aujourd’hui, je perçois que mes pensées, mes émotions et mes ressentis intuitifs ne sont pas séparés de ce qui se passe au dehors, et que les événements et interactions qui me semblent « extérieurs » sont en fait des reflets de moi-même.

Et ce matin, je me suis levée puis recouchée, j’ai écouté mon corps qui avait tant besoin de sommeil et de vide.
Puis j’ai appelé mon compagnon pour partager notre vécu de ces derniers jours.
Ensuite, je me suis assise au bureau et j’ai écrit quelques lettres de remerciement.
Maintenant, j’écris pour toi, pour nous, pour moi.

Tout se mélange.
Rien n’est vraiment distinct, même si parfois cela en donne l’impression.
C’était le destin des tubes de couleur de se vider pour nourrir l’image d’un tableau.
C’était le destin des couleurs de disparaître en tant que couleur brute individuelle, pour en former de nouvelles, ensemble.

Alors rien n’est figé.

Laissons les couleurs danser, danser, danser.

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Étape par étape

Newsletter du 10 juin 2022

Joie de découvrir.
Joie d’apprendre.
Joie d’explorer, de comprendre.
Joie de réussir.
Joie de découvrir des talents, de les révéler en moi.

Et ce, depuis toute petite.
Et l’impatience qui naît, avec.
Et l’arrogance, tous ces projets.
Tout ce qui doit s’accomplir, pour que je sois fière de moi-même.
Pour que je me trouve assez utile pour mériter d’exister.

Cela ne fait pas longtemps que je m’autorise à avancer par étapes.
Sans forcément savoir ce que je vais « en faire », de tel ou tel apprentissage, de telle compétence, de telle discipline que je pratique.
Juste pour le plaisir.
Juste pour le geste.
Juste que parce qu’à cet instant, c’est précisément ce dont j’ai envie.

C’est quelque chose que l’on ne s’autorise pas assez, je trouve.

Parce qu’on voudrait déjà être arrivé « quelque part ».
Parce qu’on voudrait faire « aussi bien », voire « mieux » que le voisin.
Parce qu’on compare ce qu’il est impossible de comparer.
Parce qu’on veut tant être reconnu par les autres, qu’on en oublie que ces « autres » ne sont pas séparés de soi.

Il paraît que prendre le temps est un luxe.
Il paraît qu’avancer sans prétendre connaître son destin, c’est être inconscient, imprudent, farfelu voire fantasque.
Il paraît qu’écouter son coeur, c’est courir à sa perte, c’est oublier d’assurer ses arrières.

Et pourtant, le coeur a le bon geste, à chaque instant.
Chaque défi qui nous est proposé ensuite nous invite à nous renforcer, à grandir, à devenir plus humbles.
Ainsi, nous développons la maturité suffisante pour accueillir le succès comme l’échec, pour jouer avec tout cela, pour nous rire du théâtre de l’existence.

Alors, continuons de suivre le coeur.

« Il n’y a qu’un remède à l’amour : aimer davantage. »
Henry David Thoreau

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Nouvelle vidéo : un moment de présence, une méditation guidée…

Cliquer sur l’image pour visionner la vidéo.

Ce qui compte vraiment

Newsletter du 26 mai 2022

M’asseoir.

Rester en silence.

Ne pas savoir que dire.

Mais la joie est en moi, au beau milieu d’un corps fébrile, plein de désir et d’hésitation.

Ressentir ce contraste.

Rester là, immense, immobile et sereine, alors même que le froid chatouille la plante de mes pieds. 

Ne rien dire, vraiment, parce qu’il n’y a rien à dire. 

Laisser le vent s’écouler, le coeur chaud, la tête encore embrumée après le long voyage et la courte nuit. Une nuit étoilée, derrière les nuages, une nuit profonde et lourde, bercée par le chant de la chouette. 

Sentir la bénédiction de ce toit qui m’abrite, de ce jardin qui fleurit et qui s’offre, dans sa générosité naturelle.

Regarder les chats dormir, paisibles, sur le pas de la porte. 

Simplicité de se sentir proche, tout proche de la vie.

Et si le reste importait peu ?

Et si tous les projets, les rêves sur soi-même, les idéaux et les fantasmes, n’étaient pas si réels ? 

Ils viennent apparemment combler un vide, en nous donnant une raison d’exister, d’avancer, d’y croire. 

Mais à tout moment ils peuvent disparaître, sans que moi, je disparaisse avec eux…

Quand je comprends cela, profondément, quand je l’intègre en moi, je me sens légère.

Tout est possible, et ce n’est pas à moi de décider, de prendre une charge sur mes épaules. 

Si je suis simplement à l’écoute de l’instant, ma direction se révèle à moi au fur et à mesure.

Si je fais pleinement confiance, je n’ai pas besoin de savoir le prochain pas.

Et si je pense le connaître, et qu’il se révèle être autre chose, alors je me réjouis d’être surprise, disciple de la Vie.

Recevoir, alors, oui, recevoir.

Parfois, même au beau milieu d’une tempête, quand le courant des pensées semble m’emporter vers le désespoir, ‘est là que je reçois le mieux.

Oui, car parfois au coeur de la brisure, de la douleur, je n’ai plus la force de lutter contre moi-même. C’est là que la Grâce vient me cueillir, sans aucune raison apparente, sans aucun mérite. 

Ou bien, s’il y en avait un seul, ce serait celui d’avoir essayé de voir en moi, et de croire en l’Amour.

Plus vraiment pour le chercher ou pour le boire comme quelqu’un d’assoiffé, mais pour le sentir fleurir et glisser depuis mon coeur, depuis le coeur de toute chose, dégoulinant partout, sans laisser rien indemne. 

Cet Amour qui souffle et qui brûle, puissant comme les éléments qui m’habitent à chaque instant.

Et abandonner le vouloir, ce qui s’accroche et panique, dans cette coupe infinie, qui ni début ni fin.

Rencontrer la vie, nue, dépouillée de tout ce qui semblait me protéger. 

Comme au premier jour.

En résonance, la vidéo Arrêter de chercher. Dans cette vidéo, nous creusons le thème de la recherche, de la quête, souvent illusoire, mais qui est sans doute une étape avant de se rendre compte que tout est déjà là… Un thème qui rejoint assez naturellement le texte du jour.

Cliquer sur la vidéo pour la visionner.

On se détend

Newsletter du 16 mai 2022

On pourrait croire que printemps = activité intense. 

Pour certains d’entre nous, c’est le cas, et c’est très bien comme ça. 

Pour d’autres, le printemps peut amener, certes, plus de légèreté et de joie, parce que la chaleur revient, mais… 

C’est aussi la fin d’un cycle.

C’est ce que je vis en ce moment. 

Ma joie ne vient pas de ce que je vis extérieurement, des interactions, des activités qui se mettent en route. 

Ma joie vient de quelque chose d’intérieur, de profond, d’indescriptible.

Quelque chose qui jaillit quand j’abandonne tout le reste : croyances, projets, impatiences… 

Et quand j’y suis connectée, je suis tranquille avec le fait de ne rien faire.

Quand je ralentis, l’action ou la non-action, cela m’est égal. 

Je me rends compte qu’il y a toujours du mouvement, en moi et autour de moi, et qu’il ne sert à rien de m’agiter dans tous les sens pour chercher à avancer. 

J’avance, que je le veuille ou non.

Il n’est pas toujours facile de voir les pas que nous accomplissons, au moment où nous les accomplissons. 

Les phases de transition, pour ça, ont quelque chose d’ingrat. 

C’est aussi parce que notre société dénigre tout ce qui a trait au silence et à la réceptivité, qu’elle confond avec la passivité et la “paresse”.

Et si nous laissions de côté la morale caricaturale, pour embrasser notre propre morale, celle du coeur ?

Celle-ci nous indique toujours la même direction : l’intérieur, là où se trouvent toutes les réponses. 

Non pas dans nos croyances et nos schémas mentaux, non pas dans la peur du qu’en dira-t-on, mais au plus profond de notre âme. 

Oui, à cet endroit-là, nous savons. 

Mais ce n’est pas un savoir qui puisse nécessairement se mettre en mots. 

Peut-être parce qu’il doit d’abord être secret, intime, se vivre au plus proche de nous-mêmes…

Alors prenons le temps, inutile de se presser pour prendre de grandes décisions, pour chercher des réponses dans des objets et des “réussites” éphémères, pour demander de la reconnaissance aux autres, pour annoncer nos grands changements…

Respirons, prenons le temps de savourer le présent.

Le reste s’offrira en temps voulu.

Ayons confiance.

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La faiblesse porte un message

Lettre i du 7 mai 2022

Avant, quand j’étais malade, quand je sentais le début d’un rhume pointer, c’était tout de suite un médicament, histoire que cela ne m’embête pas pour continuer de mener mes activités. J’aimais cette vie trépidante, et je refusais de me sentir limitée par de la faiblesse et de la douleur physiques. Quelle perte de temps !

Et puis, les douleurs qui se sont imposées à moi ont été de plus en plus virulentes et handicapantes, si bien que les anti-douleurs en devenaient inutiles. C’était comme si mon corps redoublait d’insistance pour faire entendre le message de mon âme.

Le premier message, c’était de ralentir.
Plutôt simple, me direz-vous, mais dans la pratique, cela n’a rien de facile.
Quand on s’est conditionné à croire qu’on existe exclusivement par l’action et par l’impact visible qu’on a sur l’extérieur…

C’est comme tomber dans un gouffre.

Et pourtant, j’ai bien dû y faire face, à ce gouffre, le jour où mon corps m’a dit « non, tu ne te lèveras pas, car le vertige t’empêchera de trouver l’équilibre ».
J’ai bien dû accepter de ralentir, le jour où je n’avais plus aucune force pour poser un pied devant l’autre.

Le deuxième message, c’était de ressentir.
Tout.
Pleinement.
L’émotion, la solitude, la souffrance telle qu’elle se présentait, le vide, la peur immense, la tristesse infinie…
Là, j’ai découvert que malgré les apparences, rien de tout cela ne m’engloutirait ni ne m’anéantirait.
Au coeur de la sensation, il y a juste à être présente : ne pas regretter l’instant d’avant, ne pas redouter l’instant d’après, mais simplement être là, avec ce qui se passe.
Minute par minute.

Le troisième message, qui est arrivé ensuite, c’était d’écouter.
D’accord, il y a ce vide, cette souffrance, cette peur, mais une fois que tout cela a été accueilli, il y a un espace vacant, une ouverture pour recevoir, pour comprendre à partir de l’âme.
Ce n’est pas une compréhension mentale, ce sont rarement des mots… mais cela peut être une inspiration artistique, ou simplement une intuition profonde sur son chemin de vie.

Parce qu’on a fait le parcours de ralentir et de ressentir, on est enfin suffisamment disponible pour entrer en intimité avec l’âme, pour être proche d’elle, pour lui faire confiance et suivre sa guidance.
C’est aussi parce que la douleur nous rend vulnérables et que, si on la laisse faire, elle nous dépouille de notre fierté et ouvre notre coeur à d’autres univers.

C’est un cadeau que de se voir soudainement délester de tant de poids, de tant de doutes et de questions, simplement parce que la limitation nous plonge en nous-mêmes et nous met directement face à l’essentiel.
Elle nous invite à voir ce qui est réellement important dans la vie, et à prendre conscience que non, l’ego n’a pas de pouvoir sur ce qui nous arrive.
Elle nous remplit d’humilité et de sagesse.

Laissons couler cela en nous.
Car derrière se cache un océan d’amour.

L’effondrement qui réveille

Lettre i du 5 mai 2022

Une semaine que je suis à Paris, une semaine que l’effondrement intérieur se poursuit.

Beaucoup d’identités qui tombent, beaucoup de fausses croyances que je vois et qui me font sourire…

Et au milieu de tout ça, le vide.

Ce vide que l’on imagine souvent comme angoissant, parce qu’il est mystère, impalpable, indéfinissable.

Ce vide qu’on qualifie d’attente, d’entre-deux, de transition.

Alors qu’il n’est rien de tout cela.

L’attente, c’est nous qui la créons, mentalement, parce que nous refusons de vivre l’instant tel qu’il est, parce que le fait de ne pas savoir nous paraît trop insupportable, parce que le fait de ne rien contrôler semble insécurisant.

Et pourtant, le fait de nier la réalité ne lui enlève pas sa substance : nous sommes le mystère. Ce qui nous fait peur, donc, c’est nous-mêmes. Prendre conscience que notre mental ne peut pas connaître cela, ne peut pas le rencontrer. D’ailleurs, notre mental ne rencontre personne réellement : il juge, il classifie, il critique, il apprécie…

Mais il ne sait pas aimer.

Ne t’inquiète pas pour moi, j’ai déjà vécu cela, plusieurs fois, cet écroulement des illusions, cette remise à niveau, cette réinitialisation…

Cette fois, c’est un peu différent, peut-être parce que j’ai plus de conscience de ce qui se passe, peut-être parce que je ne me laisse pas emporter par la panique.

Nous ne sommes pas le jouet des histoires qui se racontent dans notre tête.

Nous sommes ce qui accueille toutes les histoires, toutes les croyances, toutes les pensées, toutes les émotions.

Nous sommes cet espace infini.

L’accepter, c’est lâcher cette envie d’être quelqu’un, de posséder, de dominer, d’être reconnu et aimé par les autres.

L’accepter, c’est lâcher tous les filets, toutes les compensations, tous les faux désirs, toutes les frustrations.

L’accepter, c’est se fondre avec la vie dans une danse infinie, vulnérable et sensuelle.

Es-tu prêt-e à cela ?

­J’ai la joie de partager ici un bel échange que j’ai eu avec mes enseignants et amis Muriel et Jean-Philippe Faure. Le thème est très en lien avec ce texte : « Quand l’équilibre apparent s’effondre, que reste-t-il ?« 

Cliquer ici ou sur l’image pour accéder à la vidéo.