La vie s’en occupe

Newsletter LA LIMACE du 21 octobre 2022 

La semaine qui vient de passer a été assez intense. 

Beaucoup de changements, comme si la vie se jouait de mes plans bien ficelés.

Départ en voyage retardé, douleurs qui m’obligent à ralentir, compte en banque un peu maigre… tout cela était parfait.

J’ai pu me lâcher la grappe, en voyant très clairement que rien de tout ça n’était de ma faute.

Nous sommes nombreux-ses à avoir cette tendance : culpabiliser pour ce qui arrive dans notre vie, croire que nous sommes “responsables”. On entend même certains qui se veulent des gourous du développement personnel, nous dire que chacun est le “créateur” de sa vie. 

Tant de confusion, tant d’injonctions contradictoires, qui finissent par nourrir une haine de soi qui n’a absolument aucune “valeur ajoutée” pour notre paysage intérieur.

Mon mantra, cette semaine, lorsque quelque chose d’imprévu survenait, lorsque je devais me réadapter rapidement, c’était : “La vie s’en occupe.”

Il ne s’agit pas de nier la réalité et ses contraintes, simplement de prendre une respiration et peut-être un petit pas de recul avant de se précipiter vers la quête de solutions.

“La vie s’en occupe”, c’est un hymne à la confiance en la vie, à ce mystère qui fait que les choses peuvent s’arranger naturellement, harmonieusement, lorsqu’on leur laisse un peu de temps et d’espace.

Parfois, la vie s’en occupe, à travers des personnes qui proposent spontanément de l’aide.

Parfois, la vie s’en occupe en nous faisant tomber malade, afin que nous soyions obligés de nous reposer et d’attendre la clarté avant de décider.

Parfois, la vie s’en occupe en nous soufflant une idée, puis en nous donnant l’énergie pour la mettre en pratique sereinement et efficacement.

Et si on adoptait ce mantra au quotidien, dès qu’un de nos soucis semble trop encombrant, dès qu’on sent qu’on voudrait forcer pour atteindre un résultat, pour résoudre le problème “par nous-mêmes” ?

Clique ici pour recevoir LA LIMACE chaque semaine.

Peut-on avoir confiance en soi ?

Newsletter LA LIMACE du 20 septembre 2022

20 septembre 2022

Ce matin, malgré les difficultés rencontrées la veille, j’ai ressenti une sorte de détente et d’ouverture que j’avais du mal à expliquer.

Je traverse en ce moment une phase de remise en question et d’incertitude. Je n’ai pas encore la réponse à la question : quelle est la prochaine étape ? Je me questionne sur le mode de vie qui m’attend, sur le lieu qui m’accueillerait harmonieusement… 

Et je n’ai pas du tout la sensation d’avoir “la main” sur ce changement en cours. Je le pressens, c’est tout.

Le développement personnel nous pousse à toujours plus d’épanouissement, à partir de notre individualité : il sous-entend que nous avons le pouvoir de changer. 

A mon sens, c’est plus subtil : nous pouvons changer, mais ce pouvoir n’est pas entre nos mains. Il ne s’agit pas de changer de façon forcée, à partir d’une volonté personnelle, mais de se laisser transformer par la vie, dans une attitude principalement réceptive.

Au cours de mon existence, j’ai entendu tant de gens dire, d’un air désolé, qu’ils n’avaient pas confiance en eux. Pendant un certain temps, cela m’attristait aussi, et j’essayais de les aider à découvrir leurs qualités et à s’estimer davantage. Mais j’étais souvent frustrée de constater que cela ne les rendait jamais heureux : il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas, qui ne les satisfaisait pas.

La confiance en soi est quelque chose qu’il faut créer de toutes pièces, à partir de concepts, pour se rassurer qu’on a bien le droit d’être là. Elle part du principe que les êtres vivants sont séparés les uns des autres, et séparés de l’harmonie de l’Univers.

Aujourd’hui, je porte davantage mon regard sur la confiance en la Vie, et c’est aussi ce que j’essaie de transmettre aux êtres que j’accompagne.

La confiance en la Vie, loin d’être artificielle, est déjà présente en chacun d’entre nous. Il ne s’agit donc que de la “réveiller” par une observation quotidienne de ce qui, dans notre expérience, est profondément juste et harmonieux.

Cela peut sembler paradoxal, et c’est souvent difficile à accepter sur le moment, mais les passages chaotiques et douloureux de notre vie ont, eux aussi, leur raison d’être. Ils nous enseignent, nous travaillent de l’intérieur, nous ramènent à une humilité salutaire, nous recentrent sur l’essentiel.

« La Vie me veut du bien. » est un des mantras que j’aime me répéter, y compris dans les moments où mes pensées affirment l’inverse au vu des événements extérieurs. 

Il ne s’agit pas là de chercher le positif partout jusqu’au déni de ce que l’on ressent, mais plutôt de s’abandonner, de s’en remettre à quelque chose de plus grand dont l’intelligence est infiniment plus vaste que ce que notre imagination peut concevoir.

Au moment où je dis ce mantra, la recherche de réponses et de recettes cesse, et je me retrouve à nouveau dans le calme de mon essence, de qui je suis vraiment.

Car la Vie n’est pas quelque chose de réellement extérieur, elle est l’infiniment grand, l’universel, mais elle se trouve aussi dans l’infiniment petit, au coeur de chacune de mes cellules. 

Cette profonde bonté, cette pure justesse, se loge donc au sein de chaque élément manifesté : en moi et autour de moi.

A partir de là, je n’ai plus besoin d’avoir “confiance en moi”.

Je peux simplement vivre, à l’écoute de cette intelligence joyeuse et joueuse qui circule à chaque instant dans mes veines.

S’abonner à LA LIMACE

Sortir du rôle

Newsletter LA LIMACE du 14 septembre 2022

Être là, simplement, et prendre conscience.
De tout ce qui a été nié. 
De tout ce que j’ai fait pour correspondre à une certaine image que j’avais de moi.
Sans véritable liberté.

Qu’est-ce que la liberté ?
Celle de se choisir, sans doute.
Celle d’être soi-même.
Ce n’est pas vraiment un choix, c’est plus le courage de s’assumer.
Parce que je n’ai pas choisi d’être comme je suis.
Parce que je n’ai pas choisi ce chemin.
Ou alors peut-être que si, je l’ai choisi, avant de naître.
Peu importe.

Nous créons tous un rôle, un personnage, pour nous sentir en sécurité dans cette société qui ne tolère pas vraiment les singularités.
Et le drame, c’est que nous finissons par croire que nous le sommes, ce personnage, ce costume que nous avons enfilé. 
Il nous colle à la peau.
Il est comme un jumeau dont on ne veut pas se séparer.
Peur de mourir s’il disparaît, s’il nous quitte, s’il s’évanouit.

Ce n’est qu’un écran de fumée, mais nous y croyons dur comme fer.
La fumée prend la forme d’une cage dans laquelle nous nous enfermons.
La cage est ouverte, mais nos yeux sont fixés sur ses beaux barreaux dorés.
Nous nous croyons prisonniers, et pourtant seul notre regard nous maintient ainsi.

Bornés, limités par ce costume qui finit par ressembler à une armure, nous souffrons, nous trébuchons, nous hoquetons de peur et d’épuisement.
Ce costume étouffe notre âme, et peu à peu elle se rappelle à nous, pour émerger, pour renaître.
C’est l’âme qui crie et qui surgit, par instants, au creux de notre souffrance.

Alors que nous sommes si habitués à tenir, à maintenir cette fausse identité, à contenir qui nous sommes vraiment, notre nature profonde… soudain la vie nous demande de lâcher, de faire confiance.

Pourrons-nous répondre à son appel ?

Faire partie

Newsletter (La Limace) du 6 août 2022

Quelques semaines de pause, sans même que je m’en rende compte, sont venues s’immiscer. Je ne planifie plus vraiment de temps de vacances, mais le vide s’impose parfois de lui-même. Et c’est sans doute ce qui me permet de mieux l’embrasser.

Quand les choses sont entièrement prévues et prévisibles, il y a certes, un contrôle, une sensation de sécurité, mais aussi, au fond, un certain ennui, car nous nous déconnectons des surprises de la vie, de sa magie, de son mystère, croyant avoir “les choses en main”.

Nous n’avons jamais les choses en main, ce n’est qu’une illusion.

Mais cette illusion, à laquelle nous croyons bien souvent, a beaucoup de conséquences sur notre intériorité et notre manière d’interpréter le quotidien.

Nous nous glorifions de nos réussites, nous nous blâmons pour nos échecs.

Nous nous sur-responsabilisons, ou alors nous mettons la faute sur les autres.

Nous surestimons l’importance des événements extérieurs.

En réalité, tout cela vient avant tout d’une peur : celle d’être séparé.

Être séparé des autres, du monde, se retrouver seul, abandonné, ne pas faire partie du groupe.

Longtemps, j’ai cru que pour faire partie, il fallait faire un effort particulier, s’adapter, se fondre dans la masse à travers certains comportements.

D’abord, en faisant certaines études pour accéder à un certain statut social.

Ensuite, en cherchant à imiter les habitudes des personnes de mon entourage, quel qu’il soit, pour montrer que j’étais “de bonne volonté” pour m’intégrer.

Que ce soit à l’école, au travail, dans un nouveau pays ou même dans mon petit village de montagne, à chaque fois, ce genre d’attitude sonnait creux.

Et pourtant, même seule au milieu d’une foule, sans connaître quasi personne, comme cela m’est arrivé ces deux derniers jours lors d’un festival, j’ai pu ressentir à quel point nous sommes tous reliés, à quel point, quoi que je fasse, je fais partie.

Nous faisons partie, individuellement, de l’ensemble, que nous le voulions ou non, que nous y croyions ou non.

Il en faut peu pour s’en rendre compte, juste une sincère envie d’observer attentivement ce qui se passe.

Il y a une harmonie subtile au coeur de ce qui nous semble chaotique, désorganisé, injustice.

Il y a un mouvement qui se dessine, que nous ne pouvons comprendre mentalement, car c’est lui qui nous comprend (au sens qu’il nous contient, qu’il nous entoure). Nous faisons partie de ce mouvement, de ce dessin cosmique. Nous en sommes à la fois les acteurs et les spectateurs, les créateurs et les marionnettes.

Pouvons-nous cesser de chercher, cesser de vouloir, et simplement nous détendre devant ce mystérieux et coloré spectacle ?

Écouter son coeur

­Newsletter (La Limace) du 23 juillet 2022

Hier, j’ai passé un certain temps seule, à écouter ce que mon coeur me demandait. A chaque instant, dans la vulnérabilité éphémère de ce qu’un moment peut offrir, je m’ouvrais à ce qui émergeait en moi.

Je suis rentrée de retraite il y a quelques jours, et après autant de temps en présence à moi-même, j’ai eu droit à quelques prises de conscience. Celles-ci se prolongent et se digèrent avec le temps que j’accorde au silence, à la simplicité, au non-faire.

Parmi ces prises de conscience, la nécessité de recentrer mon projet de vie autour de ce qui m’anime depuis les profondeurs, depuis toujours : la musique.

Comment ? Je ne sais encore quelles seront les étapes.

J’essaie de le vivre, comme toutes les transitions, minute par minute.

C’est inconfortable, c’est vulnérable, c’est tendre, et c’est normal puisqu’il s’agit de mon coeur, de ce qu’il y a de plus précieux.

Mais si c’est mon coeur, c’est aussi ce qu’il y a de plus fiable, de plus solide, de plus puissant.

Paradoxal, pourrait-on croire…

Mais le coeur est ce qui nous donne du courage, ce qui nous reconnecte à la foi alors qu’à l’extérieur les difficultés semblent s’acharner, cherchant apparemment à nous mettre à terre…

Remercions ce qui nous met à terre, car cela nous invite à l’humilité, et à ressentir le vivant qui s’exclame “Je Suis” quelle que soit la situation.

Osons plonger dans ce qui nous semble sombre, houleux, indomptable, car il n’y a rien à “gérer”, rien à dompter ni à contrôler.

Osons ressentir pleinement, et nous ressortirons la tête de l’eau, tôt ou tard.

Ayons confiance en ce mouvement qui se déroule en nous, malgré nous, avec nous.

Nous sommes ce mouvement.

Et nous sommes l’immobilité qui regarde, observe et aime.

Pour écouter son coeur, il est inévitable de se confronter à certains automatismes qui nous empêchent de ressentir, qui nous éloignent de notre nature profonde : l’amour. Pour amener un peu de lucidité et quelques pistes à ce sujet, j’ai tourné cette vidéo il y a quelques semaines.

Être petit

Newsletter (La Limace) du 15 juillet 2022

Parmi les chatons qui sont nés il y a quelques mois, il y en a une qui est nettement plus petite que les autres.

Elle mange plus lentement, elle marche plus lentement, et elle semble si délicate, si fragile…
Par moments ses yeux s’irritent et s’emplissent de larmes.

C’est celle que nous trouvons la plus touchante, sans doute celle à laquelle nous nous sommes le plus attachés — car il va falloir les donner, ces petites boules de poils.

Elle nous montre, une fois de plus, à quel point la vulnérabilité est belle, quand elle est vécue pleinement, authentiquement.

Elle nous montre aussi à quel point, dès le plus jeune âge, un certain nombre de caractéristiques nous définissent, et qu’il est vain de chercher à les changer pour plaire ou pour correspondre aux critères de la société.

Aussi, naturellement, nous l’aimons et avons envie de la protéger.

La vie prend soin de la vie.

Ce qui est valorisé par le groupe, c’est la force, l’indépendance, symbolisés par la réussite extérieure.

Pour certains, ce sera la réussite matérielle, l’argent et le pouvoir politico-économique. Pour d’autres, ce sera la renommée, le pouvoir d’influence, la possibilité de s’exprimer devant la foule.

Mais la force et l’indépendance d’un être humain, tout mortel qu’il est, ont elles vraiment une réalité concrète ?

Un seul individu peut-il prétendre « prendre en main » sa vie, son destin, sans aucune aide extérieure ?

Non, car son destin n’est pas entre ses mains, et parce qu’il est profondément relié à tout ce qui l’entoure.

Et si nous nous autorisions à être petit, pour une fois ?
Et si nous osions demander de l’aide et du soutien autour de nous ?
Et si nous osions faire confiance à l’harmonie du grand Tout, plutôt que de chercher à tout contrôler et à tout faire par nous-mêmes ?

Pour cela, cultivons la confiance.
Notre limite n’est pas une fatalité, ce n’est qu’une donnée de notre existence.
C’est aussi une grande enseignante.

J’en parle dans cette vidéo (voir image ci-dessous).

Le monde ou ton monde ?

Newsletter La Limace du 5 juillet 2022

Hier, je discutais avec un ami au téléphone, et il y a une phrase qui m’a marquée, qu’il a répété plusieurs fois au cours de la conversation : « Le monde conspire contre nous. »

Je vous donne un peu de contexte. En échangeant alors que nous n’avions pas parlé depuis plusieurs mois, nous nous sommes rendus comptes que nous étions dans une phase un peu similaire, l’un et l’autre : une phase de vide. Moins d’envies, moins de désirs, un corps qui demande de ralentir, le système nerveux fatigué. Il y avait comme ce constat, cette observation que nous avions déjà accompli beaucoup de choses « dans le monde », matériellement, relationnellement, et qu’une forme de lassitude était là en ce moment, une envie de ne rien faire.

Maintenant vous comprenez peut-être mieux la phrase du début.

« Le monde », comme disait mon ami, ne nous aide pas à ralentir. Au contraire, il nous pousse toujours à accélérer, à courir après quelque chose, que ce soit le dernier objet à la mode, notre prochain boulot, notre prochain partenaire amoureux, ou encore « le bonheur » en lisant les derniers livres de développement personnel. Quel que soit le but, il faut l’atteindre, et vite. Sinon, on est un paresseux, un irresponsable, voire un parasite qui ne contribue pas à la société.

Mais ce discours est illusoire. « Contribuer à la société », aujourd’hui, c’est produire et consommer, comme un automate. Toute personne qui se pose vraiment des questions, qui met en doute la pensée dominante, qui pense par elle-même, et qui, par ce biais, contribue réellement à la société en ce qu’elle l’aide à évoluer, est presque toujours stigmatisée et mise dans une case.

Allons plus loin. Lorsque mon ami répétait cette phrase, je ne pouvais m’empêcher de répondre : « en l’occurrence, c’est mon monde qui conspire contre moi ». Oui, car je vois bien que les illusions, les croyances, les peurs, tout cela a été internalisé, répété encore et encore à l’intérieur de moi, si bien que ces jugements se produisent intérieurement. Pour dire vrai, je suis moins influencée et blessée par les jugements des autres que par les jugements que mon propre ego m’assène à longueur de journée.

Ce matin, je lisais quelques pages d’A la recherche du Soi d’Arnaud Desjardins (plus précisément le tome III), qui explique que la source de notre malheur est dans l’attente que le monde corresponde à notre monde, plutôt que de travailler à ce que notre monde soit en harmonie avec le monde. Nous voulons que les circonstances extérieures correspondent à nos désirs, au lieu d’accepter la réalité telle qu’elle est.

Quel est le lien avec le sujet du début ?

Nous ne pouvons pas espérer que le monde change, si nous refusons la réalité telle qu’elle est.

Cela peut paraître un paradoxe, mais c’est le chemin qui est proposé à tout être humain qui souhaite découvrir la vérité, le vrai bonheur, celui qui n’a rien à voir avec la satisfaction des désirs matériels et corporels.

Apprenons à « être un avec » la réalité, telle qu’elle se présente, avec la douleur, la maladie, la faiblesse, l’émotion, avec la pauvreté, la vieillesse, la mort. Ne passons pas notre vie à les craindre, à les redouter, à les refuser. Ne nous laissons pas non plus emporter par ces choses, comme si elles pouvaient nous anéantir.
Et si des événements agréables se présentent (éphémères eux aussi), comme le plaisir, les relations aimantes, la beauté d’un paysage, nous pouvons aussi les embrasser, sans nous laisser emporter par le désir qu’ils durent.

Pratiquons ensemble.

Cette semaine, je vous propose une méditation pour découvrir le cadeau derrière la douleur. Le lien vers la vidéo est juste ici, ou en cliquant sur l’image en-dessous.

Pas fini

Newsletter La Limace du 21 juin 2022

Depuis l’enfance, on m’a appris qu’il était toujours bon de finir quelque chose qu’on avait commencé.
Etant jeune, cela semblait facile : il suffisait de travailler suffisamment à l’école pour passer à l’année suivante.

Ensuite, au lycée, il a fallu choisir une direction, un début d’orientation pour la suite des études.

Tout cela devait avoir un sens, au moins dans notre discours, qui devait faire preuve d’une certaine cohérence pour rassurer les adultes qui s’inquiétaient pour notre avenir. Eux-mêmes persuadés de l’importance de la réussite académique puis professionnelle selon les critères d’une société telle que la nôtre, ils insistaient sur cette notion de “finir”, d’aller “au bout des choses”.

Dans le relatif, il s’agissait d’obtenir un diplôme, une certification, une forme de marque de reconnaissance qui donnerait confiance aux employeurs.

Mais dans l’absolu, comment savoir si quelque chose est fini ?

Pour une œuvre, il y a un moment où l’artiste sent qu’elle est aboutie, qu’un message a pu véritablement se déposer dedans…

Mais ce moment n’a rien d’objectif, il n’a pas de critères mesurables.

De même, comment savoir qu’on est allé au bout d’une relation, d’un engagement professionnel, d’une quête, quelle qu’elle soit ?

Est-ce le sentiment d’avoir accompli quelque chose ?

Est-ce la lassitude, l’ennui ?

Est-ce la tentation, la curiosité, l’envie de s’ouvrir à quelque chose de neuf ?

Mystère.

Alors que les institutions souvent rigides que nous impose la société cherchent à figer notre direction individuelle pour nous rendre esclaves d’un fonctionnement basé sur la peur, la vie intérieure nous invite toujours à plus de souplesse et d’écoute subtile.

Non, tout ne rentre pas forcément dans des cases.

Non, peut-être que notre évolution personnelle n’a pas besoin d’être programmée, pré-mâchée, organisée par un mental contrôlant.

Il y a une forme de rébellion discrète dans le fait d’accepter de ne pas finir, ou en tout cas pas de la manière qui serait attendue de ce monde normatif où être conforme est présenté comme la priorité.

Et si aujourd’hui, tu te félicitais de toutes les choses que tu n’as pas finies ?

Et si tu voyais le cadeau de ces expériences, qui en réalité ont pris fin exactement au bon moment pour toi ?

Et si tu regardais, au-delà des accomplissements extérieurs, tout ce qui a mûri à l’intérieur de toi, à quel point tu as grandi au cours de ce cheminement non balisé ?

­

Tout se mélange

Newsletter du 15 juin 2022

Tu sais, pendant tout ce temps où j’ai fait du développement personnel, j’ai développé de nouvelles habitudes, qui me semblaient être « les bonnes ».

Par exemple, le fait d’avoir une routine du matin pour prendre soin de moi, et de ne pas prendre contact avec l’extérieur, presque en ignorant son existence, pendant plusieurs heures.

Cette hygiène de « coupure du monde » me permettait plusieurs choses :

  • D’avoir ma dose de solitude et d’intériorité, et de me retrouver moins frustrée au cours de la journée, quand j’étais « envahie » par les interactions
  • D’avoir une sensation de contrôle sur ma vie, car j’étais persuadée que cette routine matinale impliquait nécessairement une vie plus épanouie et productive
  • De me sentir un peu « supérieure » à la personne lambda, parce que je mets de la présence dans ma vie.

Et certes, ces habitudes étaient justes à ce moment-là, elles m’ont fait énormément de bien.

Elles m’ont effectivement aidée à cultiver mon intériorité et mon lien au monde subtil.

Cependant, au bout d’un moment, elles ont commencé à entretenir une forme de dualisme entre intérieur et extérieur, entre moi et les autres.

Comme si prêter attention à l’autre risquait de m’éloigner de moi-même (peut-être parce que j’avais été habituée à m’oublier en m’occupant des autres).

Comme si être présente avec moi-même devait nécessairement exclure les autres, considérés comme des éléments perturbateurs de ma « paix intérieure » (ou plutôt d’un état paisible qui, quoi qu’on en dise, est éphémère).

En séquençant ma vie, en essayant de créer un équilibre artificiel pour me rassurer, je me coupais d’une vérité pourtant merveilleuse : nous sommes tous reliés, et il n’y a pas de réelle séparation.

Aujourd’hui, je perçois que mes pensées, mes émotions et mes ressentis intuitifs ne sont pas séparés de ce qui se passe au dehors, et que les événements et interactions qui me semblent « extérieurs » sont en fait des reflets de moi-même.

Et ce matin, je me suis levée puis recouchée, j’ai écouté mon corps qui avait tant besoin de sommeil et de vide.
Puis j’ai appelé mon compagnon pour partager notre vécu de ces derniers jours.
Ensuite, je me suis assise au bureau et j’ai écrit quelques lettres de remerciement.
Maintenant, j’écris pour toi, pour nous, pour moi.

Tout se mélange.
Rien n’est vraiment distinct, même si parfois cela en donne l’impression.
C’était le destin des tubes de couleur de se vider pour nourrir l’image d’un tableau.
C’était le destin des couleurs de disparaître en tant que couleur brute individuelle, pour en former de nouvelles, ensemble.

Alors rien n’est figé.

Laissons les couleurs danser, danser, danser.

S’abonner à la newsletter La Limace

Étape par étape

Newsletter du 10 juin 2022

Joie de découvrir.
Joie d’apprendre.
Joie d’explorer, de comprendre.
Joie de réussir.
Joie de découvrir des talents, de les révéler en moi.

Et ce, depuis toute petite.
Et l’impatience qui naît, avec.
Et l’arrogance, tous ces projets.
Tout ce qui doit s’accomplir, pour que je sois fière de moi-même.
Pour que je me trouve assez utile pour mériter d’exister.

Cela ne fait pas longtemps que je m’autorise à avancer par étapes.
Sans forcément savoir ce que je vais « en faire », de tel ou tel apprentissage, de telle compétence, de telle discipline que je pratique.
Juste pour le plaisir.
Juste pour le geste.
Juste que parce qu’à cet instant, c’est précisément ce dont j’ai envie.

C’est quelque chose que l’on ne s’autorise pas assez, je trouve.

Parce qu’on voudrait déjà être arrivé « quelque part ».
Parce qu’on voudrait faire « aussi bien », voire « mieux » que le voisin.
Parce qu’on compare ce qu’il est impossible de comparer.
Parce qu’on veut tant être reconnu par les autres, qu’on en oublie que ces « autres » ne sont pas séparés de soi.

Il paraît que prendre le temps est un luxe.
Il paraît qu’avancer sans prétendre connaître son destin, c’est être inconscient, imprudent, farfelu voire fantasque.
Il paraît qu’écouter son coeur, c’est courir à sa perte, c’est oublier d’assurer ses arrières.

Et pourtant, le coeur a le bon geste, à chaque instant.
Chaque défi qui nous est proposé ensuite nous invite à nous renforcer, à grandir, à devenir plus humbles.
Ainsi, nous développons la maturité suffisante pour accueillir le succès comme l’échec, pour jouer avec tout cela, pour nous rire du théâtre de l’existence.

Alors, continuons de suivre le coeur.

« Il n’y a qu’un remède à l’amour : aimer davantage. »
Henry David Thoreau

S’inscrire à la newsletter La Limace

Nouvelle vidéo : un moment de présence, une méditation guidée…

Cliquer sur l’image pour visionner la vidéo.