Faire partie

Newsletter (La Limace) du 6 août 2022

Quelques semaines de pause, sans même que je m’en rende compte, sont venues s’immiscer. Je ne planifie plus vraiment de temps de vacances, mais le vide s’impose parfois de lui-même. Et c’est sans doute ce qui me permet de mieux l’embrasser.

Quand les choses sont entièrement prévues et prévisibles, il y a certes, un contrôle, une sensation de sécurité, mais aussi, au fond, un certain ennui, car nous nous déconnectons des surprises de la vie, de sa magie, de son mystère, croyant avoir “les choses en main”.

Nous n’avons jamais les choses en main, ce n’est qu’une illusion.

Mais cette illusion, à laquelle nous croyons bien souvent, a beaucoup de conséquences sur notre intériorité et notre manière d’interpréter le quotidien.

Nous nous glorifions de nos réussites, nous nous blâmons pour nos échecs.

Nous nous sur-responsabilisons, ou alors nous mettons la faute sur les autres.

Nous surestimons l’importance des événements extérieurs.

En réalité, tout cela vient avant tout d’une peur : celle d’être séparé.

Être séparé des autres, du monde, se retrouver seul, abandonné, ne pas faire partie du groupe.

Longtemps, j’ai cru que pour faire partie, il fallait faire un effort particulier, s’adapter, se fondre dans la masse à travers certains comportements.

D’abord, en faisant certaines études pour accéder à un certain statut social.

Ensuite, en cherchant à imiter les habitudes des personnes de mon entourage, quel qu’il soit, pour montrer que j’étais “de bonne volonté” pour m’intégrer.

Que ce soit à l’école, au travail, dans un nouveau pays ou même dans mon petit village de montagne, à chaque fois, ce genre d’attitude sonnait creux.

Et pourtant, même seule au milieu d’une foule, sans connaître quasi personne, comme cela m’est arrivé ces deux derniers jours lors d’un festival, j’ai pu ressentir à quel point nous sommes tous reliés, à quel point, quoi que je fasse, je fais partie.

Nous faisons partie, individuellement, de l’ensemble, que nous le voulions ou non, que nous y croyions ou non.

Il en faut peu pour s’en rendre compte, juste une sincère envie d’observer attentivement ce qui se passe.

Il y a une harmonie subtile au coeur de ce qui nous semble chaotique, désorganisé, injustice.

Il y a un mouvement qui se dessine, que nous ne pouvons comprendre mentalement, car c’est lui qui nous comprend (au sens qu’il nous contient, qu’il nous entoure). Nous faisons partie de ce mouvement, de ce dessin cosmique. Nous en sommes à la fois les acteurs et les spectateurs, les créateurs et les marionnettes.

Pouvons-nous cesser de chercher, cesser de vouloir, et simplement nous détendre devant ce mystérieux et coloré spectacle ?

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